Redonner du sens : le projet Causa Mundi

2573

Puisqu’il faut un évènement déclencheur, disons que les effets du réchauffement climatique en cet été 2018 nous ont convaincus de poser quelques questions essentielles, que plus personne ne se pose, prenant pour acquis que nous vivons sur Terre, en étant ce que nous sommes et en recherchant la jouissance et le plaisir individuel. Pourquoi sommes-nous apparus, pourquoi faisons-nous des enfants, alors même que nous ignorons les causes de notre propre existence, sachant aussi que leur sort personnel est scellé par la mort, quelles que soient par ailleurs les joies qu’ils pourront connaître dans leur vie. Ces questions, si elles ont disparu de nos pensées, étaient au cœur des préoccupations de nos aïeux : les philosophes présocratiques, les réformateurs religieux, les esprits de lumières, les scientifiques et les penseurs du XIXème siècle ; tous cherchaient à comprendre d’où nous venons, où nous allons, et même si simplement nous existons.

Il aura fallu attendre la société industrielle, puis la société de consommation, pour voir s’évaporer toute interrogation sur notre existence individuelle et collective. Les vacances, la consommation de biens, la révolution sexuelle ont eu raison de la quête existentielle qui avait angoissé, et parfois trompé, les milliards d’humains qui vécurent avant nous. La recherche du bonheur et du plaisir est devenue l’objectif unique de nos vies ; la vie humaine c’est Disneyland, ça ne dure pas mais nous aurons tout de même profité de quelques beaux tours manèges.

Et c’est là qu’interviennent le réchauffement climatique et ses premiers effets douloureux et angoissants, qui semblent annoncer que la fête est finie. Un été caniculaire, avec des températures exceptionnelles sur six semaines et sur la totalité de l’hémisphère nord nous rappelle que les prévisions à trente ans, qu’on nous annonçait en 1990, sont pour aujourd’hui. Le temps présent a tué le futur. Comment se présenteront l’été suivant, et le prochain ? Chaque nouvelle année étant parmi les trois plus chaudes de l’histoire documentée, allons-nous vivre dans la peur dès le mois d’avril, assaillant les météorologues pour connaître leurs prévisions en vue de Juillet ? L’été, si attendu par la société des loisirs, deviendra-t-il la saison qui tue, qui contraint les peuples encore suffisamment riches à vivre enfermés dans des appartements climatisés en attendant un hiver, qui n’en est plus un ? Un été, qui sera d’ailleurs toujours plus chaud que le précédent.

La catastrophe n’arrive pas d’un coup, elle est précédée par un mouvement d’angoisse et de dépression collectives qui pourrait bien commencer dès 2020, et qui aura des conséquences majeures sur la consommation. L’industrie automobile, le transport aérien, le tourisme, l’agriculture et tous ceux qui sont considérés comme responsable des émissions de CO2 subiront à la fois les effets directs du réchauffement, mais aussi l’opprobre. Des groupes activistes s’attaqueront aux véhicules polluants, dénonceront le tourisme de masse, prendront à partie les énergéticiens, les cimentiers, les transporteurs aériens.

Cette perspective doit nous inciter à reprendre la quête que nos parents et grands-parents, étourdis par le consumérisme, avaient abandonnée.

Nous proposons de réunir une communauté de citoyens, de scientifiques, de philosophes, de dirigeants politiques et d’entrepreneurs et de leur proposer de penser. Penser le monde, penser l’univers, penser la vie, mais penser ensemble en croisant les connaissances. Chaque discipline travaille dans son coin, les physiciens scrutent l’espace, analysent la matière, calculent des forces, les entrepreneurs cherchent à développer des marchés, et les philosophes actuels s’égarent dans les sujets de la vie quotidienne. Notre objectif est de poser quelques questions essentielles et d’y répondre ensemble, en séparant les connaissances certaines et les hypothèses, mais en réunissant les hommes.

Nous avons ainsi structuré notre communauté en quatre ensembles : la philosophie, les sciences, la politique, l’économie et nous ne nous interdirons aucun sujet.

Nous vivons dans un univers, dont les lois physiques semblent parfaites et implacables, mais dont le résultat macroscopique est le chaos, un univers dont nous savons aujourd’hui qu’il est infini mais qui est né d’un point fini, un monde qui n’a connu que la guerre, la prédation et la violence, et dont le devenir semble fortement compromis, du moins pour les grandes espèces dont la nôtre.

Notre conviction est que nous ne pouvons pas penser les terrifiantes promesses du changement climatique si nous ne pensons pas la vie. Si nous nous contentons d’essayer de réduire nos émissions de CO2 sans même nous demander pourquoi nous devrions prolonger la fête, nous passons à côté du sujet ; les pères de famille continueront d’acheter des SUV de 2 tonnes, sans se soucier de l’avenir de leurs enfants, ni culpabiliser.

Reste l’action. La communauté va faire des propositions, elle n’oublie pas les entrepreneurs ni les politiques, puisqu’elle les met en contact avec des scientifiques et des philosophes ; c’est pour qu’il en sorte quelque chose de concret.

Voilà les objectifs de « Causa Mundi » ; communauté d’hommes qui ont décidé de poursuivre le travail de Parménide, de Darwin, d’Einstein, de Schopenhauer et de leurs successeurs et de voir, si on en combinant tout, nous parvenons à comprendre quelque chose.

Avant qu’un dernier été ne nous transforme en menu vapeur.

Pierre Reboul

Pierre.reboul@causamundi.com

2 Commentaires

  1. L’homme doit apprendre de ses erreurs, et probablement votre initiative peut aider en cela. Car force est de constater que les écologistes des années ’70, qui passaient pour des doux dingues et n’intéressaient personne , avaient raison. 50 ans plus tard, on s’en rend compte, mais on ne revient hélas pas sur les raisons qui nous ont fait louper une marche il y a 50 ans, et sur comment ne pas louper la prochaine marche. On la loupé le réchauffement, la surproduction de déchets, l’amiante, la surpopulation …. qu’est on encore en train de louper et qui nous fera hurler dans quelques décennies ? Les nano particules ? Le bain d’ondes électro magnétiques ? Sans céder à la panique, nous devons modifier nos réflexes comportementaux collectifs. Il faut des gens pour le dire, convaincre les autres et leur demander de le faire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here