Le droit d’asile a-t-il encore un sens dans un monde qui compte 8 milliards d’Humains ?

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Le droit d’asile a été créé pour offrir une protection à une poignée d’intellectuels menacés dans leur pays, à qui la France proposait la sécurité. Cette notion a-t-elle encore un sens dans un monde surpeuplé, sujet à des mouvements de population massifs ?

Nous n’allons pas recenser les pays dont la population a cru de façon insensée depuis le début du XXème siècle, citons simplement quelques exemples particulièrement parlants :

  • Les Philippines comptaient 7 millions d’habitants en 1900, elles en hébergent plus de 100 millions en 2018
  • Le Pakistan avait 37 millions d’habitants en 1950 contre 208 millions en 2018
  • L’Egypte, avec 90 millions d’habitants en 2018 (contre 15 millions en 1934), possède désormais une densité de 2.600 habitants par km² sur la partie utile et viable de son territoire
  • L’Ile de Java en Indonésie, avec ses 150 millions d’habitants, a une densité de 1.150 habitants par km².

Un autre pays historiquement proche de la France montre aussi une progression inouïe de sa population ; il s’agit de l’Algérie, qui comptait 8 millions d’habitants à son indépendance en 1962 et en recense 45 millions en 2018, avec là encore une densité très forte puisque l’essentiel de la population vit sur la côte méditerranéenne. Si on ajoute 6 millions d’Algériens vivant à l’étranger, cela fait 51 millions d’individus, soit une multiplication par plus de 6 en moins de 60 ans. Si les Français avaient connu une fertilité identique, la France compterait 302 millions d’habitants.

Ce schéma se retrouve peu ou prou dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique centrale et d’Asie (par exemple le Viet Nam, passé de 28 millions d’habitants en 1950 à 94 millions actuellement).

Et la démographie est une arme à fragmentation, puisque les générations ainsi crées ont à leur tour pour objectif de bâtir un foyer et d’avoir des enfants. Aux chiffres bruts de la population, il faut donc ajouter l’âge moyen, qui permet d’évaluer une dynamique démographique pour les 15/20 ans qui viennent. L’âge moyen est de 15 ans au Niger, 28 ans en Algérie et 47 ans en Allemagne.

Cette augmentation de la population va de pair avec son urbanisation. 70% de la population mondiale vit dans 2.400 villes de plus de 100.000 habitants et le taux d’urbanisation du monde est passé de 30% à 54% en 2018, et il sera de 66% en 2050.  90% de la croissance mondiale urbaine a lieu en Afrique et en Asie.  Plus d’un tiers se concentre dans seulement trois pays, l’Inde, la Chine et le Nigeria, qui verront se rajouter, dans les 30 prochaines années, une population urbaine équivalente à 1,5 fois l’Europe.

Sans connaître de telles progression de leur population, les pays occidentaux eux aussi ont eu toujours vécu avec l’idée que leur population devait structurellement augmenter. Depuis que le discrédit s’est abattu sur les idées de Thomas Malthus, l’Occident s’est forgé une religion du toujours plus ; perdre en habitants est considéré comme une anomalie et la moindre stagnation un signe de déclin. Combien la France, l’Allemagne, le Royaume Uni devaient-ils compter d’habitants ? Aucun objectif final n’est fixé, mais la population doit sans cesse progresser c’est la seule chose dont nous nous sommes convaincus.

Or, lorsque la densité de population dépasse un certain niveau, il n’est plus de possibilité d’épanouissement, plus d’intimité et aucun avenir ne peut être envisagé. Quel peut être l’avenir économique d’un pays comme l’Egypte, à ce point dense en population, et qui connait même une « contre-transition démographique », puisque le taux de fertilité est passé de 3 enfants par femme en 2008 à 3,5 en 2014 ?

Le fameux schéma d’évolution de la population humaine depuis le paléolithique montre que l’essentiel de l’accélération s’est produit depuis l’apparition de l’agriculture et, plus encore, depuis l’avènement de la société industrielle et l’utilisation des combustibles fossiles.

Devons-nous en conclure que la condition pour que ce niveau de population demeure (et donc que les gens restent en vie) est le maintien d’une agriculture reposant sur l’utilisation du pétrole et de la pétrochimie ? Si tel est le cas, ce n’est pas seulement le modèle économique de l’humanité qui est condamné, mais également son modèle démographique.

La vie sauvage est une autre victime de la démographie humaine, là où il y a des hommes en trop grand nombre, il n’y a plus d’animaux, il n’y plus de forêts, ni de zones humides. Actuellement, la biodiversité est un élément indispensable à tout plan de développement durable, généralement élaboré dans les pays développés, c’est-à-dire essentiellement en Europe ; mais l’objectif de biodiversité consiste-t-il à conserver quelques animaux sauvages dans des parcs zoologiques ou doit-il assurer un équilibre entre toutes les espèces, dont la nôtre ?

Et que vaut un humain quand il y en a 8 milliards ? Doit-on considérer que chaque vie humaine est sacrée ou l’autre est-il devenu un danger, un compétiteur pour les ressources, et pour tout dire : un être de trop sur Terre ? Dans de telles conditions, l’altérité a-t-elle cessé d’être une richesse, pour devenir une menace, un grouillement, une vision de l’enfer ?

La dynamique démographique est donc le principal défi auquel est confronté le concept d’asile politique, mais il n’est pas le seul. Une partie de l’opinion publique comprend mal la légitimité de distinguer la misère de la menace politique ; pourquoi devrait-on offrir un abri à celui qui risque sa vie pour des raisons politiques et refuser d’accueillir ceux qui ont simplement faim ? La faim n’est-elle pas un danger vital plus grave encore que la menace politique, et ne devrait-on pas attendre d’hommes jeunes qu’ils combattent leurs oppresseurs plutôt que de fuir leur pays ?

On le voit bien, la démographie et l’évolution des opinions publiques représentent une menace léthale contre le droit d’asile, qui risque bien de disparaître sous la pression des populismes si on n’a pas le courage de le réformer.

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