Emmanuel Macron : les raisons de l’impopularité

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Chaque semaine apporte son nouveau sondage, qui confirme l’impopularité croissante du Président de la République : 34% d’opinions positives en août, 29% début octobre, 26% fin octobre et probablement encore moins depuis l’augmentation de la fiscalité sur les hydrocarbures.

Or, pour qui se souvient des présidences passées, cette impopularité est incompréhensible. Emmanuel Macron a-t-il tenté de faire nommer son fils de 23 ans à la tête de l’Epad ? S’est-il adressé personnellement à une nouvelle Léonarda lors d’une déclaration solennelle à la télévision ? A-t-il été accusé par un ancien porteur de valises, dans une vidéo post-mortem, de se faire livrer des liasses de billets ? Est-il un ami personnel d’un ancien chef de la police de Pierre Laval, avec lequel il se serait fait photographier dans sa maison de campagne ?

Objectivement, l’actuel Chef de l’Etat a conduit des réformes (droit du travail, statut des cheminots, assurance chômage, formation professionnelle), ses ministres ont été choisis sur des critères de compétence, il montre un comportement digne, il n’a pas été surpris dans des attitudes de mensonge et il épargne aux Français le spectacle de sa vie privée. Souvenons-nous du voyage en Guyane de Nicolas et de Cécilia ou du fameux après-midi à Disneyland avec Carla, avec qui pourtant « c’était du sérieux ».

Alors oui, il y a quelques maladresses de communication, qui révèlent un choix un peu ringard de fournir aux médias des images toutes faites, et fort mal faites et plus encore mal pensées : un selfie ridicule avec des braqueurs antillais torse nu, et un collaborateur qui se croyait tout permis, et qui a surtout fourni aux journaux une matière première pour vendre leur sauce pendant l’été.

Mais que pèse l’affaire Benalla par rapport à la déstabilisation de la Libye ou aux cinq ans de présidence de François Hollande ? Un type qui arraisonne des manifestants et qui roule en Renault Talisman méritait-il tout ce ramdam et deux commissions parlementaires ? N’est-ce pas oublier l’essentiel : nous avons un président jeune, qui fait reposer ses décisions sur la raison et non sur des préjugés idéologiques, et qui tente de parler vrai à un peuple qu’on n’a cessé d’endormir depuis 35 ans. Et cela c’est inédit, c’est même révolutionnaire.

Alors pourquoi une telle impopularité ?

Comme le dit Frédéric Mitterrand dans une interview donnée au Point, les Français ne connaissent pas Emmanuel Macron ; ils ont élu un homo novus, un homme qui n’avait exercé aucune grande magistrature et dont ils ne savent pas où il veut les mener.

Les décisions politiques semblent être prises out of the blue, comme sortant de nulle part, et ce n’est qu’après que le Gouvernement tente d’expliquer que telle réforme était indispensable et qu’elle faisait partie d’un plan d’ensemble ; mais quel plan d’ensemble ?

Comment expliquer que l’augmentation des taux de prélèvement sur le diesel fait partie d’un plan de lutte contre le réchauffement climatique si auparavant personne, sinon peut-être un cénacle autour du Président, ne connaissant ce plan ?

Ce qui manque à Emmanuel Macron est une feuille de route, qui explique où il veut mener le pays et quelles sont les réformes indispensables, qui permettront d’atteindre cet objectif. Sans cette roadmap, les Français restent sur l’impression que leur Président n’a pas d’épine dorsale, pour reprendre une expression chère à Margareth Thatcher.

Nous avons créé la communauté Causa Mundi pour restaurer la philosophie, la science, la compréhension du monde, mais aussi pour agir. C’est la raison pour laquelle nous allons proposer au chef de l’Etat une feuille de route, qui comprendra les chapitres suivants :

  • L’écologie
  • La démographie et les migrations
  • L’industrie
  • L’énergie
  • La compétitivité & la fiscalité
  • La défense
  • La science
  • La vision d’un monde nouveau

Bien évidemment, il en fera ce qu’il en voudra. Nous sommes toutefois conscients du risque que représente cette impopularité persistante sur la conduite de la politique du pays, si le chef de l’Etat reste à de tels niveaux, il se retrouvera dans l’incapacité d’agir et rien ne serait pire que trois années d’immobilisme. Sinon peut-être le retour des éternels has been, qui ont cette force qu’ont aussi les fous qui se prennent pour Louis XIV ou Napoléon : ne jamais douter de rien, et surtout pas d’eux.

Pierre Reboul

Pierre.reboul@causamundi.com

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