Dettes publiques : pour combien de temps encore ?

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La dette publique mondiale a atteint le chiffre record de $66.000 milliards, et elle augmentera de 3,9% entre 2018 et 2019[1].

En France, le budget de l’Etat est de €386,3 milliards en 2018, pour des recettes évaluées à €302 milliards, ce qui occasionnera un déficit de €82,9 milliards. Exprimé en pourcentage du PIB, ce montant ne représente que 2,6% mais en pourcentage du budget – l’assiette normale pour évaluer le résultat positif ou négatif de n’importe quelle organisation privée – les comptes de l’Etat montrent un déficit de 21,5%. Ce qui signifie que nos gouvernants planifient leur budget en décidant à l’avance qu’ils dépenseront 21,5% de plus que les recettes fiscales ne permettent de payer.

Ce déséquilibre structurel, et accepté, est déjà inquiétant pour ce qui concerne la France, mais il atteint des niveaux effrayants lorsqu’on regarde du côté des USA.

Avec un niveau de 107% du PIB et un montant brut de $21.800 milliards, la dette publique des Etats-Unis représente une des plus graves menaces actuelles sur la stabilité économique mondiale ; d’autant que la réforme fiscale imposée par Donald Trump a augmenté le déficit du budget fédéral de 17% par rapport à 2017, soit un déficit attendu de $779 milliards. Selon le Département du Trésor des Etats-Unis. Ce montant atteindra $981 milliards en 2019 et il dépassera $1.000 milliards en 2020.

Rappelons qu’en 2001, la dette publique américaine n’était « que » de $6.900 milliards, soit 54% du PIB (contre 107% en 2018). Notons également que la réforme fiscale n’est pas seule responsable du déficit, les dépenses fédérales ont ainsi connu une augmentation organique de $127 milliards entre 2017 et 2018.

Ce déficit, comme le déficit français et comme tous les déficits américains depuis la présidence de Ronald Reagan, sera financé par la dette, ce qui devrait augmenter l’endettement total de l’Etat fédéral de 10 trillons en dix ans, pour atteindre le chiffre astronomique de $35.000 milliards en 2028.

On s’étonne que personne, ou si peu de monde, ne tire la sonnette d’alarme pour éviter que le Titanic mondial de la dette publique ne percute son iceberg. N’importe quelle personne censée poserait la question : comment et pourquoi planifie-t-on des budgets publics avec un déficit ?

Pour comprendre l’apparente confiance des argentiers publics, il faut suivre la logique qui a présidé à l’apparition et au développement des dettes publiques modernes (qui se sont formées à partir du milieu des années 1970).

Les raisons de l’augmentation des dépenses sont connues : choc pétrolier, développement de la sécurité sociale et des Etats-providence, crise des industries historiques (charbon, acier…), et enfin la crise de 2008, et pour les Etats-Unis les guerres des présidents Bush père et fils.

Face à des besoins croissants, les Etats ont découvert les délices de l’endettement, et surtout, ils ont sans cesse su trouver des relais de financement au cours des décennies : les excédents japonais dans les années 1980, l’apparition des fonds de pension, le développement des assurances, les excédents des Etats pétroliers et les excédents commerciaux chinois.

Enfin, toute une industrie financière s’est construite autour des dettes publiques, avec des pratiques, une jurisprudence, des marchés secondaires, à terme etc.

C’est ainsi que des pratiques étonnantes se sont imposées, comme les taux négatifs pour la rémunération de la dette allemande. Pourquoi des organisations publiques ou privées acceptent-elles de placer leurs fonds dans des obligations publiques allemandes pour en retirer un montant moindre à leur libération ? Et bien, parce que le premier problème des pays qui génèrent des excédents très importants est de matérialiser leur argent. Ni le Qatar, ni les Emirats ne peuvent déposer leurs milliards de Dollars d’excédents au Crédit agricole ou à la Banque populaire, ni les transformer en billets de $50 ; pour garantir de telles sommes, servir de coffre-fort et « matérialiser » cet argent, il faut des Etats. C’est ainsi que l’Allemagne a pu jouer le rôle de banque internationale et est parvenue à se faire rémunérer pour le service rendu.

Mais désormais une question se pose : avec la chute de la production de pétrole, le vieillissement de la population (qui utilise les fonds de pension plus qu’elle ne cotise) et la normalisation de l’économie chinoise, quels montant chercheront à se placer chaque année ? Quels montants de superfluités chercheront à se stocker et devront nécessairement se placer en bons publics ?

En termes de risque, nous pouvons penser aux Etats-Unis, à la France et à nos partenaires européens, mais nous savons que si un seul pays ne parvient à placer sa dette, c’est toute l’économie mondiale qui est en danger. Nous l’avons vécu avec la Grèce, mais nous pourrions le vivre avec la Turquie. Que se passerait-il si la Turquie ne parvenait plus à financer sa dette publique ? Ou si, la masse disponible étant réduite, les taux augmentent pour tous les pays ? Jusqu’à quel taux les Occidentaux accepteraient-ils se s’endetter, sachant, qu’à l’exception de quelques pays comme l’Allemagne dont le budget 2018 est à l’équilibre, ils doivent trouver jusqu’à 30% de leur budget pour se financer ?

Nous allons programmer un débat sur ce sujet et nous informerons la communauté Causa Mundi dès que la date est fixée.



[1] Source IMF

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