Collapsologues : les Paco Rabanne des temps modernes ?

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Si vous ne connaissez pas la « collapsologie », c’est que vous n’utilisez pas YouTube et que vous ne vous intéressez pas aux questions environnementales, sinon vous n’auriez eu aucun moyen d’y échapper.

La collapsologie est une approche intellectuelle, qui propose d’analyser le présent pour anticiper des futurs possibles. Cette approche est multidisciplinaire et holistique, c’est-à-dire qu’elle s’empare de toute la réalité : climatique, économique, agricole, psychologique, et elle essaie de prévoir les évènements qui se dérouleront à l’échelle mondiale dans les cinq, dix, vingt, trente ans à venir.

A priori, la collapsologie est une méthode réaliste : les températures du globe augmentent, les espèces disparaissent, le pétrole est une ressource finie, la démographie produit 8 puis 11 milliards d’humains, qui auront des besoins et qui chercheront à les satisfaire ou simplement à survivre. Ces données sont peu contestables et elles ne présagent rien de bon pour notre avenir proche. Sur le point de départ, on ne peut qu’être d’accord.

Malheureusement, les choses se gâtent lorsqu’on visualise l’intégralité de leurs conférences. Le point commun des collapsologues est de dresser un constat authentique pour habiller un discours systématiquement catastrophique, et ce discours n’est pas sans évoquer les élucubrations de Paco Rabanne, lorsqu’il prévoyait que la station spatiale MIR allait s’écraser sur Paris.

Les collapsologues ne raisonnent pas, ils partent d’un point d’arrivée qu’ils ont préalablement défini – un effondrement global, à la fois civilisationnel et physique – mais ne proposent aucun mécanisme menant du constat de départ à l’effondrement final. Leur raisonnement ressemble à un chemin de fer, qui comporterait la gare de départ et la gare d’arrivée, mais pas les rails.

Inventeurs du néologisme et pères du concept de collapsologie, Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont un look sympathique et ils s’expriment avec facilité, mais ils sont aussi convaincants sur la description de la situation du monde, qu’ils sont indigents sur l’analyse conduisant à l’effondrement. Il n’y a pas de dates, pas de tendances, pas d’étapes ; par exemple on ne suit pas la progression des températures moyennes pour en déduire une baisse de la productivité agricole, on ne sait pas à quel rythme la production de pétrole va chuter, on ne dit rien sur l’automobile électrique et les enjeux de production et de recyclage des batteries, rien non plus sur les migrations ni sur de possibles conflits armés.

Parmi les collapsologues, le plus inquiétant, au sens Pacorabannien du terme, est l’écologiste Yves Cochet. Celui qui fut brièvement ministre de Lionel Jospin affirme que l’effondrement se passera en 2025 (quelque part entre 2020 et 2030). Sans argumenter ni tenter de démontrer son propos, il affirme que « la période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécue l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). ».  On compare souvent les auteurs de discours apocalyptiques au prophète Philippulus, qui annonce aux passants la fin du monde dans l’Etoile mystérieuse ; Yves Cochet a un discours plus construit, mais comme le personnage de Tintin il fait l’économie de la démonstration. C’est sans doute plus reposant que de se lancer dans une véritable étude des mécanismes pouvant conduire à un effondrement.

Causa Mundi propose la démarche inverse : nous partons du même constat que les collapsologues, mais sans a priori sur le point d’arrivée et surtout nous allons établir des tendances, proposer des dates pour les évènements, évaluer des conséquences et tenter de dresser une description du monde en 2030. Nous étudierons le climat, l’agriculture, l’énergie, les transports et la politique et nous verrons si 2030 marque la fin du monde ou un autre monde dont nous proposerons les contours.

Pierre Reboul 

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