La notion de transition énergétique a-t-elle un sens ?

156
Flat vector illustration is showing alternative clean energy sources: hydro energy, wind energy, geothermal energy and solar energy. Nicely layered.

Lorsqu’on considère l’économie dans son ensemble, on ne peut pas imaginer qu’on puisse retirer le pétrole, le charbon et le gaz et les remplacer par une quelconque source d’énergie ou de matière première de substitution. Toutes nos activités sont dépendantes des énergies fossiles ; lorsque nous nous nourrissons nous avalons des engrais, de l’agriculture mécanique et des camions, lorsque nous nous vêtissons, nous mangeons des porte-containeurs, des camions et du charbon (puisque 75% du textile vendu en Europe provient d’Asie), et si nous sommes Allemands notre chauffage et notre air conditionné fonctionnent au gaz et au charbon (puisqu’ils ont renoncé au nucléaire).

Cela c’est pour notre consommation, mais nos revenus sont également dépendants des énergies fossiles. La grande question est celle des emplois et des multiplicateurs d’activité. Quel est l’impact de la voiture thermique dans l’économie mondiale ? Celui du transport aérien ? Du transport maritime ? Celui du bâtiment en tant qu’émetteur de CO2 (cimentiers, construction, chauffagistes…) ? Par exemple, si nous cessons de prendre l’avion, l’impact ne se limiterait pas au seul secteur du transport aérien, il affecterait le tourisme, l’hôtellerie, les taxis, les musées, et bien entendu l’objectif qui justifiait que nous nous apprêterions à prendre l’avion (nous devions nous rendre à un congrès, visiter une usine, rencontrer des clients…). Ainsi, chaque activité émettrice de CO2 possède un multiplicateur, dont le fonctionnement rappelle le multiplicateur keynésien, et qui joue un grand rôle dans le développement ou dans la récession s’il devenait négatif.

Nous sommes parvenus à un tel niveau d’imbrication des secteurs que chacun dépend de l’autre, et les emplois sont extrêmement sensibles à une baisse, même marginale, comme en témoignent les diverses crises qui ont marqué les dernières décennies (guerre du Golfe, crise asiatique, crise de 2008…). Alors, une baisse volontaire de toutes ces activités aurait naturellement des conséquences insupportables sur les emplois directs et indirects.

La transition énergétique suppose que nous soyons capables de décarboner, non pas l’économie mondiale dans son ensemble, ce qui n’a aucun sens, mais chaque secteur en particulier. Peut-on faire naviguer des bateaux sans fuel, voler des avions sans kérosène, fabriquer et transformer de l’acier sans pétrole ni gaz, produire de l’électricité à partir de renouvelables, remplacer les voitures thermiques par des voitures électriques ou à pile à hydrogène et tout ceci en quelques années ?

Si nous n’y parvenons pas, nous devrons choisir entre l’activité économique et le climat, soit entre nos emplois et notre existence.

Cette hypothèse est, on le sent bien, peu réaliste. L’humanité ne peut pas remplacer, ou alors très marginalement, les sources fossiles dans toutes les activités qui contribuent à son bien être et à sa consommation.

Alors que faire ? Nous sommes en réalité face à une équation, dont nous ne voyons qu’une partie et ignorons l’autre. Nous envisageons en effet de remplacer les hydrocarbures par d’autres énergies afin de maintenir le même niveau d’activités mais nous ne nous posons pas la question de réduire le niveau d’activités tout en maintenant le niveau d’emplois et de bien-être. Peut-on réduire notre consommation de biens matériels et de services (eg. de transport), sans renoncer au confort et aux emplois ? Et cela sans devoir évoquer le concept de décroissance, puisque le changement se ferait par substitution de besoins et non par une baisse du niveau de bien-être.

Nous en parlerons mercredi 23 janvier 2019 dans une conférence :

Une société mondiale post-consumériste est-elle possible ?
Mercredi 23 Janvier 2019, 19H00 – 20H30

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here