Mayotte, Réunion, Seine-Saint-Denis, prémices d’un effondrement de l’Etat français ?

163
Paris, France - September 10, 2017: The flag of France blow at the main entrance gate of Elysée Palace.

L’effondrement des Etats est souvent vu comme une spécificité des pays situés au sud du Sahara, or il n’en est rien, c’est un mouvement mondial.

On se souvient de la formule « l’Etat ne peut pas tout », prononcée en 1999 par Lionel Jospin face aux salariés de Michelin victimes d’une suppression d’effectifs. C’était à la fois un aveu et une volonté de voir les Français se prendre en main. Une caractéristique fondamentale de la société de consommation est en effet de transformer le citoyen en ayant-droit ; on parle des droits du consommateur, parce qu’acheter, manger, consommer, qui pouvaient être considérés dans les siècles passés comme des privilèges, fournit désormais des droits et permet davantage de revendications.

Or, cette transformation du citoyen-acteur en citoyen-ayant-droit pourrait se fracasser sur le phénomène mondial de l’effondrement des Etats.

La Désacralisation, premier symptôme de l’effondrement des Etats ?

Un jeune Président, qui se fait photographier avec deux braqueurs torse nu lors d’un voyage aux Antilles, un « Président normal » qui cache son incapacité à incarner la fonction sous le paravent d’une normalité franchouillarde et un troisième qui revendique de désacraliser la fonction présidentielle parce qu’il ne peut retenir sa vulgarité naturelle ; trois quinquennats auront suffi à pulvériser la fonction présidentielle, pourtant clé de voute des institutions de la Vème République.

Et cette désacralisation ne concerne pas que le Président de la République française, elle touche toutes les institutions nationales et internationales. Le Prix Nobel, naguère récompense la plus respectée, traverse une crise de légitimité sans précédent, l’ONU n’est plus que le machin décrit par le Général de Gaulle, quant à la Justice, le peuple en a peur et n’a aucune confiance dans ses tribunaux, qui prennent des années, voire des décennies à juger des affaires.

Le comportement public de certains responsables politiques évoque également des situations qui prévalent habituellement dans la mafia sicilienne, du Président des Philippines qui explique qu’il lâche des trafiquants de drogue depuis des hélicoptères, au Président George W. Bush qui ment aux Américains pour envahir un pays riche en pétrole, en passant par Silvio Berlusconi et ses soirées bunga bunga.

Mais plus grave encore, la société internationale est devenue le théâtre d’assassinats ciblés de journalistes ou d’opposants politiques ; les Russes bien sûr, qui s’en sont fait une spécialité, les Israéliens qui envoient régulièrement des missiles sur des adversaires identifiés, ou le prince héritier saoudien qui fait assassiner un journaliste dans un consulat.

Face à ces dérives sans précédent, une question se pose : ces comportements, associés à une corruption à peine voilée dans de nombreux pays, préfigure-t-elle ce mouvement plus général et plus puissant de délégitimation et d’effondrement des Etats ?

L’Effondrement des Etats est-il inéluctable ?

Lorsque nous observons le monde, nous sommes obligés de constater que l’effondrement des Etats a déjà commencé, il touche toute l’Amérique latine (Brésil, Argentine, Honduras, Venezuela…), le Moyen-Orient et une grande partie de l’Afrique. Seules l’Europe et l’Asie semblent pour le moment protégées. Mais si nous voulons anticiper les évènements, nous devons identifier les mouvements de fond, qui fragilisent les institutions publiques.

Quels sont les mécanismes en marche, qui peuvent aboutir à une désintégration des Etats ?

  1. La corruption, qui consiste en une appropriation du bien public. Dans de nombreux pays, la première chose que fait un dirigeant lorsqu’il arrive au pouvoir est de distribuer les postes à sa famille et de détourner les marchés publics à son avantage.
  • Le communautarisme, qui touche surtout les Etats multinationaux et les pays ayant connu une forte immigration. Le communautarisme explique la grande majorité des guerres civiles et des affrontements dit intercommunautaires (Côte d’Ivoire, Centre-Afrique, Cameroun…), qui sont en réalité des affrontements entre cultures nationales ou entre communautés religieuses, mais la religion, c’est la nation.
  • La désacralisation ou délégitimation des institutions. On conteste l’arbitre, on insulte les enseignants ou la police, on tutoie le Chef de l’Etat (qui répond casse-toi pauvre con), et quand on conduit une campagne électorale, on utilise le droit pour criminaliser l’adversaire (on se souvient du slogan « lock her up », c’est-à-dire jetez là en prison, à propos d’Hilary Clinton).
  • Les migrations, qui divisent l’opinion publique entre « pro et anti » et qui déstabilisent les équilibres politiques, en favorisant les partis populistes (ou illibéraux).

Mais ce qui menace le plus les Etats, est un phénomène plus concret et plus imminent encore ; c’est la perte de confiance des ménages du fait du réchauffement climatique, ou pour le dire autrement : la peur. L’impact psycho-émotionnel du réchauffement entraînera une chute brutale d’activités dans de nombreux secteurs (automobile, voyage, tourisme, loisirs…) qui entraîneront à leur tour une augmentation du chômage, une baisse des investissements et des pertes de recettes fiscales.

Nous ne devons pas oublier qu’aucun des Etats développés ne finance actuellement ses dépenses ; la dette publique mondiale est de 70,000 milliards de dollars (dont 22,000 pour les seuls Etats-Unis). S’ils devaient manquer de superfluités en recherche de placement pour financer cette dette, certains Etats se déclareraient immédiatement en faillite.

Or, la crise qui résultera de l’impact psycho-émotionnel du réchauffement réduira immédiatement la masse de liquidités cherchant à se placer, elle entraînera une rupture de financement des Etats et donc une faillite de tout le système économique mondial. Nous devons prendre conscience de ce risque et le traiter sans délai, si nous voulons éviter qu’il ne devienne réalité.

L’effondrement de l’Etat français a-t-il commencé ?

Sur l’Ile de Mayotte, submergée par les migrations en provenance des Comores, la Bureau des étrangers de la préfecture ne répond plus, laissant les Comoriens établis dans l’ile dans l’incapacité de renouveler leur titre de séjour. La Guadeloupe est devenue le département le plus criminogène de France, avec deux fois plus de meurtres qu’à Paris. A la Réunion, la révolte de gilets rouge atteint des niveaux de violence et des blocages qui dépassent de loin ceux de la métropole et en Seine Saint Denis le tribunal de Bobigny est dans l’incapacité de juger dans des délais raisonnables, ni de faire appliquer les peines.

Comme tous les phénomènes liés aux transformations actuelles, l’effondrement des Etats ne se constate pas un matin au lever ; il s’impose progressivement par le renoncement à certains services liés au bien être et à la sécurité, il commence par les territoires les plus fragiles dans lesquels la puissance publique dit « désolé, je ne peux pas » et il se propage à d’autres besoins, auquel le citoyen-ayant-droit pensait ne plus jamais devoir faire face par lui-même.

C’est donc au citoyen de se prendre en charge, c’est à lui de mesurer l’importance du réchauffement climatique, des migrations, des déséquilibres financiers et c’est à lui d’imposer à ses gouvernants des décisions qu’historiquement ils n’ont jamais eu le courage de prendre.

Et… C’est précisément ce qui se passe.

Pierre Reboul

Pierre.reboul@causamundi.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here