6 mesures « faciles » à l’attention d’Emmanuel Macron

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Ce qui manque au Président de la République est une feuille de route ; nul ne sait où il compte mener le pays et sa politique manque d’une colonne vertébrale, selon une expression chère à Margareth Thatcher. Cette impression n’est malheureusement en rien dissipée par ses discours, souvent très longs, et dont la substance, pour la plupart d’entre eux, peut être résumée en quelques phrases.

Nous proposons donc six mesures fondamentales, qui nous paraissent indispensables si nous voulons réduire les tensions et donner un espoir, et même osons l’expression : remettre le pays en marche.

1- Résoudre le dilemme 46/56

D’année en année, la Fiscalité française est devenue folle. Le tout dernier rapport de l’OCDE place désormais la France devant le Danemark, avec un taux de prélèvements obligatoires de 46,2% (contre 46% pour le Danemark et 34,2% pour la moyenne des 36 pays membres de l’OCDE) et surtout ce taux a augmenté de 0,7% entre 2016 et 2017. La fiscalité a ceci de commun avec les concentrations de CO2 dans l’atmosphère, de tout le temps augmenter.

Or, même avec 46,2% de prélèvements par rapport au PIB, les finances publiques françaises sont loin de couvrir les dépenses, qui atteignent le record de 56% du PIB. Le drame de cette situation, quasi unique au monde, se résume en une impasse physique, puisque toute baisse de la fiscalité entraînerait une aggravation du déficit et donc une augmentation de la dette (€ 2.300 milliards tout de même).

Pour en sortir, il n’existe qu’une seule voie : réduire la fiscalité (incluant les charges sociales) des salaires inférieurs à 2400 euros nets, ce qui créera un effet revenu et donc une sorte de relance keynésienne et, dans le même temps, réduire les prestations d’autant (moins sensibles que l’argent qui tombe sur le compte en banque chaque mois). Il est également indispensable de maintenir la suppression de l’ISF, parce que si nous voulons produire des richesses, les entrepreneurs doivent entreprendre et les investisseurs investir, et parce que la fiscalité française doit vaincre cette maladie qui l’affecte depuis tant d’années : l’instabilité.

2- Réunir l’Opinion publique mondiale sur la question du climat

Les émissions de CO2 ont augmenté de 1,6% en 2017 et elles augmenteront de encore de 2,7% en 2018. Cette statistique, publiée en plein milieu de la COP 24, achève de décrédibiliser la capacité des Etats à contenir le changement climatique au-dessous de 2°C. Le poids des lobbies, l’inertie due aux habitudes et la lenteur des infrastructures industrielles et logistique à se réformer met les décideurs politique hors-jeu. Il est devenu évident que la survie ne peut venir que des peuples eux-mêmes. Or, depuis quelques mois, nous voyons les opinions publiques mondiales se mobiliser dans un grand mouvement de prise de conscience et d’action, qui est un authentique mouvement politique. Nous proposons au Président Macron de prendre le leadership de ce mouvement en créant une plateforme de démocratie participative en plusieurs langues afin d’aider les opinions publiques à se structurer et à s’organiser.

3- Restaurer les populations d’insectes en Europe

Selon une étude allemande, 80% des insectes et 30% des oiseaux ont disparu depuis vingt ans et, pour qui se promène en campagne, il est aisé de constater que le ciel est en effet devenu quasiment vide. Cette situation est extrêmement grave parce que la disparition des insectes signifie notre propre disparition dans un délai très court. Or, contrairement à d’autres problématiques environnementales, nous connaissons la cause de cette disparition et nous pouvons nommer le responsable : il s’agit des pesticides utilisés dans l’agriculture et dans les jardins. Nous suggérons au Président de lancer un grand débat au niveau européen avec une obligation de résultat dans un délais de cinq ans maximum. Nous savons que le sujet des pesticides va se heurter à la puissance des lobbies agricoles et chimiques mais, sans insectes, nous allons tout simplement crever et les lobbies aussi.

4- Réduire des 3/4 les délais de la Justice

La France est le seul pays au monde où il faut cinq, dix et parfois vingt ans pour qu’une affaire pénale soit définitivement jugée. Alors que l’affaire Pistorius a été jugée en deux ans, appel compris, et le crime du sous-marin danois en un an et demi, il a fallu vingt ans pour conclure l’affaire du crash du Concorde ; et une partie des ayant-droits sont morts avant que l’affaire ne soit close. Ces délais insensés ruinent l’image de l’Institution judiciaire dans la population française, qui a peur de devoir se retrouver un jour, soit dans l’attente éternelle d’une condamnation, soit face à un déni de justice. De la même manière, il est anormal que des peines définitives ne soient pas appliquées, ni de voir des délinquants multirécidivistes être condamnés vingt, trente, quarante fois et se retrouver en liberté.

5- Sauvegarder la nation française et ouvrir un débat démocratique sur les migrations

Les Français ont l’impression que leur pays leur échappe, que se créent des zones de non droit, et que l’identité même de la France est fragilisée par l’émergence de minorités nationales, qui cherchent à imposer leurs traditions et leur culture. Qu’on le veuille ou non, ce sentiment existe et le nier ne reviendrait qu’à favoriser l’émergence de nouvelles formations populistes, comme en Allemagne, en Italie ou en Espagne (puisque feu le Front national semble définitivement décrédibilisé, grâce notamment aux qualités de débatteur du Président de la République). Nous devons donc lancer une grande conférence nationale sur l’immigration, en remettant à plat toutes les politiques d’entrée sur le territoire et d’intégration, y compris le droit d’asile. Il est anormal et politiquement dangereux de maintenir la politique d’immigration en dehors du débat démocratique, d’autant que la dynamique démographique des pays du sud de la Méditerranée va imposer une pression migratoire comme l’Europe n’en a jamais connue de toute son histoire. Dans le même temps, nous proposons une série de mesures afin que tous les Français, y compris de fraiche date, se sentent entièrement français. Aucune de ces mesures ne doit faire appel aux principes des quotas, qui sont abandonnés dans la plupart des pays qui les avaient adoptés. Le résultat de cette conférence, sous la forme d’un projet de loi, devra être soumis au peuple français par la voie du référendum.

6- Supprimer l’ENA

Nous le savons tous, la création de l’ENA en 1945 est une erreur historique. Les fonctionnaires issus de l’ENA se sont constitué une mentalité de caste et, comme pour toute caste, ils se sont longtemps efforcés de maintenir les autres profils en dehors des postes de responsabilité. Cette école fournit une élite formée sur un seul modèle, et dont les membres ont en commun d’être très sûrs d’eux alors qu’ils n’ont jamais, dans leur immense majorité, ni créé de richesses, ni travaillé de leurs mains, ni recruté, ni licencié personne de toute leur vie. Nous proposons donc au Président de la République d’abroger l’ENA et de la remplacer par des concours par ministère, en ouvrant le recrutement aux postes de direction à des personnes venues du privé, et qui disposent d’une expérience vécue. Exactement comme le Président de la République et le Premier ministre l’ont fait lorsqu’ils ont composé leur gouvernement.

Ces six mesures sont impossibles à décider et à appliquer ? Non, aucune n’implique de transformer de fond en comble des organisations, ni de procéder à de lourds investissements, c’est très simple, il suffit de le faire. Et après, ça ira mieux. Beaucoup, beaucoup, mieux.

Dans un second temps, il faudra réorienter une partie significative des emplois publics vers le secteur productif, que les comptables nationaux qualifient de secteur marchand. Si on veut des revenus, il faut produire et les pays qui ont le plus haut pouvoir d’achat sont ceux dont le secteur productif est le plus développé par rapport au secteur public. Comme le disait Churchill, “un pays qui essaye trouver le chemin de la prospérité en augmentant le secteur public est comme un homme debout dans un seau qui essaierait de se soulever en l’air en tirant sur les poignées”. Ce sera beaucoup plus compliqué, mais il faudra le faire.  Et rapidement.

Pierre.reboul@causamundi.com

3 Commentaires

  1. Ces 6 mesures semblent aller dans le bon sens.
    Toutefois certaines mesures seront difficiles à réaliser parce qu’elles sont en opposition.
    Il faut moins de dépense public et en même temps augmenter les moyens pour réduire les délais de la justice !
    Le problème des insecticides a déjà été traité par le parlement européen avec des résultats plutôt insuffisants parce les lobbys sont bien trop puissants et les habitudes difficiles à changer.
    Ces mesures nécessitent une parfaite indépendance du pouvoir politique et du pouvoir économique et financier ce qui qui n’est pas le cas aujourd’hui et pourtant cela garantirait l’impartialité.
    Je crois que l’introduction de dirigeants du privé dans le monde politique pourrait accroitre encore la puissance des lobbys. Nos décideurs politiques doivent être indépendants des intérêts économiques et financiers dans leurs domaines de décision.

    • Nous proposons de baisser les prestations d’autant. Mais le “gros morceau” c’est bien entendu la baisse du nombre de fonctionnaires de l’Etat et territoriaux. Soit nous baissons leur nombre soit nous nous enfonçons davantage, l’image proposée par Churchill d’un homme tirant sur les poignées d’un seau est physiquement juste.

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