Comment l’évolution a-t-elle créé un monde aussi complexe ?

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D’un côté une matière inerte et de l’autre une énergie provenant du Soleil sous forme de photons et au bout d’un petit milliard d’années : la vie. Comment la vie est-elle apparue et comment, sous la dynamique de la sélection naturelle, a-t-elle pu produire une telle diversité de formes et une telle complexité, des organes internes aux mécanismes de reproduction et d’auto-réparation, en passant par les comportements, la communication et la maîtrise de son environnement (pour les espèces les plus évoluées mais également pour les bactéries qui, elles aussi, transforment leur environnement) ?

Tout comme la gravité, dont nous parlerons dans un chapitre ultérieur, et qui fera l’objet de plusieurs conférences de la communauté Causa Mundi, l’Evolution est un mécanisme complexe, qui recèle encore de nombreux mystères. Dans son ouvrage publié en 1859, de « l’Evolution des espèces au moyen de la sélection naturelle », Darwin pose que les mutations apparaissant chez les individus à la naissance sont aléatoires (elles sont dues au hasard) et que celles qui représentent un avantage compétitif se transmettent aux générations suivantes, parce que les individus qui en sont pourvus ont davantage de chances de se reproduire, et donc essentiellement de survivre jusqu’à l’âge de la reproduction (et dans une moindre mesure de plaire à l’autre sexe).

Le moteur de l’Evolution est la sélection naturelle. La sélection naturelle agit à l’intérieur de l’espèce et non entre les espèces. C’est un point important ; les prédateurs auront moins de chances de capturer une proie dotée d’une meilleure vision, mais les prédateurs ne sont pas en compétition avec la proie, c’est la proie elle-même qui est en compétition (en sélection) avec d’autres individus de son espèce, également proies potentielles. De la même manière, l’Evolution n’est pas une adaptation directe à l’environnement. Ainsi de longues périodes de sécheresse ont un impact évolutif sur les individus d’une même espèce, parce qu’elles autorisent ceux, qui ont moins besoin de s’hydrater, de se reproduire et de transmettre leurs gènes, aux dépens de ceux qui ont des besoins en eau supérieurs.

L’Evolution possède deux caractéristiques, qui la distingue des autres « lois »de la biologie :

1- Elle fonctionne à rebours ; elle ne permet pas aux individus de s’adapter, elle sélectionne à postériori les individus possédant les caractéristiques les plus favorables. D’un strict point de vue industriel ou managérial, l’Evolution génère un très grand nombre de déchets. Comme les mutations sont aléatoires, elles créent toutes sortes d’aberrations, qui ne procurent aucun avantage, et qui représentent souvent des handicaps pour les individus qui en sont affectés. La grenouille fabrique ainsi 10.000 œufs, et survive qui pourra. Sur le lot, certains auront peut-être des avantages qui leur permettront d’atteindre l’âge adulte et de se reproduire à leur tour.

2- Elle est une « théorie », c’est-à-dire qu’il est impossible de prouver son fonctionnement par des équations ou par des constats de terrain (sinon pour quelques bactéries ou des papillons, dont nous avons remarqué qu’ils changeaient de couleur en fonction de la pollution). Sa réalité est admise, parce que nous avons retrouvé de nombreux fossiles, qui mettent en évidence la phylogenèse (l’évolution)  des espèces. Nous pouvons ainsi suivre la transformation de nombreuses espèces de vertébrés et d’arthropodes à travers les âges, de l’ancêtre du cheval (Eohippus), qui mesurait 30cm et avait quatre doigts, au cheval actuel avec ses sabots. La succession des fossiles fonctionne comme un film à l’envers montrant chaque étape de l’évolution de chaque espèce, pourvu qu’elle ait laissé des traces.

Le grand problème soulevé par l’Evolution est la fabrication des organes complexes, qui n’apportent d’avantage compétitifs que s’ils fonctionnent et donc, s’ils sont parfaits. Dans son ouvrage « l’Evolution créatrice » (1907), Henri Bergson pose la question de l’apparition de l’œil ; il ne comprend pas à quoi pourrait servir une évolution progressive de la rétine si le cristallin n’était pas modifié simultanément. Un œil qui ne comprendrait qu’une rétine ou qu’un cristallin ne servirait à rien, alors pourquoi l’un et l’autre sont-ils apparus sans avoir d’utilité au départ ?

Nous poserons cette question et nous élargirons la problématique des organes complexes à deux autres fonctions, qui ne peuvent avoir d’utilité que si tout « l’attirail anatomique » est simultanément présent et parfait :

L’œil, dont nous venons donc de parler. Si nous comprenons qu’un œil primitif fournit un avantage compétitif déjà significatif – puisque distinguer la lumière de l’ombre chez des animaux primitifs est un avantage – nous ne comprenons pas comment le premier organe photosensible est apparu. Nous poserons également la question de la formation de l’œil complexe, avec sa rétine et son cristallin.

Le venin, qui ne tue que s’il possède un principe actif, et qui suppose à la fois, et simultanément, l’élaboration de glandes à venin, d’un dard (ou de chélicères) et d’une tuyauterie amenant le liquide jusqu’au dard (un venin restant prisonnier dans des glandes ne servirait à rien).

La sexualité qui, chez les animaux complexes, suppose la production de gamètes (spermatozoïdes et ovules), leur correspondance parfaite en vue de la fusion, les circuits qui mettent les gamètes en contact (par exemple l’érection), le comportement sexuel (la reproduction) mais également chez la femelle les organes matriciels qui permettent à l’embryon de se développer. Cela fait beaucoup pour qu’un enfant puisse naître et, si un enfant ne peut naître parce que ces organes sont en cours d’évolution, ils n’apportent aucun avantage, au contraire ils coutent à l’individu en énergie. Comment donc est apparue la sexualité ?

Nous poserons enfin deux questions fondamentales :

  1. La question de l’apparition de l’Evolution elle-même. L’Evolution n’est pas une loi physique au sens de la loi d’équipartition de l’énergie ou de la loi d’Avogadro, elle ne se met pas en équations. Or, elle semble bien constituer un principe essentiel de la vie, en ce sens qu’il n’existe aucune forme de vie qui lui échappe. Toute espèce végétale ou animale se transforme sous la pression de la sélection naturelle, et le support de transmission d’une génération à l’autre est la génétique. L’Evolution naturelle a-t-elle toujours existé, depuis les premières formes de vie ? Quand est-elle apparue ? Est-elle apparue lors de la transformation des premiers acides aminés vers les premières formes de vie ? La complexification des molécules s’est-elle déjà elle-même réalisée sous la pression d’une forme de sélection naturelle ? Pour le dire différemment, l’Evolution au moyen de la sélection naturelle est-elle une loi de l’Univers ?
  2. La question du sens (de la direction) de l’Evolution. L’Evolution est-elle déterminée par un but formel : par exemple, construire le vivant vers des formes de plus en plus complexes ? Est-elle également déterminée par un but eschatologique, qui serait en quelques sortes le but de la vie ?

La question de la technologie sera également évoquée : où placer les ordinateurs et l’intelligence artificielle dans le schéma de l’Evolution ? L’humain a-t-il créé une nouvelle espèce de vie artificielle (l’informatique), qui serait elle-même sujette de la sélection naturelle, ou qui s’en libèrerait ? Quel est le statut de l’informatique, de l’intelligence artificielle et des réseaux ; sont-ils des outils au sens de la pierre taillée, ou sont-ils des formes de vie (une vie non biologique en quelques sortes) ? Ce qui suppose de définir la vie, et nous nous y efforcerons.

Reste la question de départ : comment l’Evolution a-t-elle permis de créer un monde aussi complexe ? La question ne porte pas tant sur la diversité des formes de vie (conceptuellement, il importe peu qu’il existe 40.000 espèces d’araignées) mais sur la complexité ; comment passe-t-on d’un acide aminé à une araignée ou à un éléphant ? Pour y répondre, nous devons aborder la séquence dans l’ordre chronologique d’apparition des fonctions vitales :

  1. Comment la vie est-elle apparue ? Comment l’énergie (la chaleur et les rayons solaires) transforme-t-elle la matière inerte en première forme de vie ?
  2. Comment est apparue la molécule d’ADN ?
  3. Comment l’Evolution « fabrique-t-elle » des organes complexes ?
  4. Que représente la conscience dans la vie ? La conscience est-elle simplement une propriété de l’énergie ?

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