La peur mène-t-elle à l’inaction ?

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En Suède, Greta THUNBERG, 15 ans, en « grève scolaire » pour le climat.

On l’a constaté lors des dernières élections, on le constate encore avec le mouvement des gilets jaunes : Il y a en France une lassitude voire une haine des représentants politiques. Il y a également une perte de confiance dans les médias. Cette colère constante envers les politiques nous mène à ces idées convergentes : la politique est impuissante, la politique n’intéresse plus les citoyens, la politique est en voie de disparition. Si cela conduit certains individus à s’indigner et donc à manifester pour tenter de faire entendre leur voix, un grand nombre tombe dans un flegme immobiliste, qui ne mène à rien. 

On reconnaît ces “aquoibonistes” à leur attitude découragée par avance, leur fatalisme quand il s’agit de s’indigner ou de changer les choses. « A quoi bon ? », « A quoi ça sert ? », « C’est peine perdue ». Non seulement, ces personnes sont démobilisées mais elles sont aussi décourageantes. Tant de résignation finalement construite socialement et adaptée aux intérêts du marché, puisque ces personnes n’auront aucun scrupule à rouler seules dans leur Audi pour acheter leur pain, et elles ne feront aucun effort pour la planète : puisqu’il est trop tard, autant profiter. Pour les “aquoibonistes”, le réchauffement climatique est déjà à l’œuvre et ils refusent parfois d’adhérer à cette société, mais sans pour autant participer activement à sa refonte. Ils expriment leur désir de profiter puisque rien n’est possible, et  les survivalistes quant à eux expriment leur volonté de s’organiser (souvent individuellement). Dans tous les cas, ils portent une vision pessimiste de l’avenir. Que nous manque-t-il pour passer de l’immobilisme à l’action engagée, d’où vient ce sentiment de responsabilité face à l’humanité et la biosphère en général ?

A 15 ans, Greta Thunberg est à l’origine d’un mouvement mondial : des collégiens et des lycéens font l’école buissonnière le vendredi pour réclamer des actions contre le changement climatique. Lors de son discours poignant à la COP 24, elle s’est adressée aux dirigeants du monde entier et a rappelé leurs responsabilités envers les générations futures :

“En 2078, je fêterai mes 75 ans. Si j’ai des enfants, ils partageront peut-être ce jour avec moi. Peut-être me poseront-ils des questions sur vous. Peut-être me demanderont-ils pourquoi vous n’avez rien fait quand il restait encore du temps pour agir”, a poursuivi Greta Thunberg. Vous dites aimer vos enfants plus que tout au monde et vous leur volez pourtant leur avenir, juste sous leurs yeux.”

A 15 ans cette jeune fille assume déjà pleinement sa responsabilité envers la planète de manière bouleversante. La peur, le choc de comprendre que l’existence même est menacée semble l’avoir conduite à cet engagement. Selon Hans Jonas, l’humanité est en péril, car l’homme a perdu le contrôle de la technologie, dont il devrait être le maître. Hans Jonas propose alors deux solutions : la responsabilité et l’heuristique de la peur. L’anticipation de la catastrophe doit ainsi faire partie de notre vision du monde. C’est par l’heuristique de la peur que l’homme est sensibilisé à la responsabilité. Sans nier le rôle considérable que joue la raison en éthique, Jonas pense que le sentiment y occupe une place encore plus essentielle. C’est un sentiment qui est universel. Nous connaissons ainsi tous, intuitivement, l’essence même de la responsabilité, puisque sans elle, l’homme n’existerait plus. (Responsabilité parentale) C’est l’idée de la menace, et l’heuristique de la peur qui deviennent la motivation de l’agir. Il s’agit d’une prise de conscience choc qui réveille le sentiment de responsabilité. L’heuristique de la peur c’est faire l’élaboration et l’anticipation de toutes les conséquences pour l’humanité d’une action.

Mais pour éprouver ce sentiment, la connaissance est nécessaire. Le savoir devient même une obligation morale. (Ce qui diminuerait le nombre de climatosceptiques) Si nous ne pouvons pas prévoir les conséquences à long terme de nos actions, de nos technologies, nous pouvons chercher à anticiper la menace. La peur du danger va nous apprendre quelle est la valeur menacée par ce danger, et cette valeur c’est la vie elle-même :

« Jamais l’existence ou l’essence de l’homme dans son intégralité ne doivent être mises en jeu dans les paris de l’agir[1] »

La peur semble donc être un sentiment moral, car elle est instructive et mobilisatrice.

Caroline Magnard 


[1] JONAS, Le principe responsabilité, p.84.

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