L’innovation technologique peut-elle sauver l’environnement ?

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Businessman holding in hand with global connection concept.

L’innovation technologique peut-elle sauver l’environnement ?

Nous entendons à répétition dans notre quotidien le terme “d’innovation technologique”, que l’on fixe souvent comme une ligne de conduite à tenir et un but à atteindre. C’est ce que l’on nomme un buzzword, c’est-à-dire un slogan désignant une nouveauté sur laquelle on souhaite porter l’attention et inspirer la performance. Le terme d’innovation englobe un très large panel d’activités, de secteurs, et d’acteurs : il décrit tout un monde. On lui accorde même un pouvoir salvateur et salutaire. L’effervescence autour des nouvelles technologies par exemple cristallise particulièrement les attentes et les espoirs que nous portons à l’innovation. Mais justement, à quoi “l’innovation technologique”  renvoie t-elle exactement ? La frénésie high-tech et les prouesses qu’elle propose peut-elle vraiment nous sauver dans les  problématiques les plus déterminantes de notre existence ?  Afin de mieux saisir les potentiels de l’innovation technologique, posons-la dans le contexte qui est le nôtre : que peut réellement l’innovation technologique pour sauver l’environnement ?

Nous le savons de plus en plus précisement, les révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles et toutes les innovations technologiques qui les accompagnent ont très largement contribué à l’exploitation des ressources naturelles et à la dégradation de l’environnement. La mécanisation et motorisation générale de nos activités, basées sur l’exploitation des énergies fossiles, engendre historiquement depuis ses débuts une pollution globalisée. 

De quelles nouvelles technologies parlons-nous aujourd’hui, et quels sont leurs impacts ?


L’innovation technologique d’aujourd’hui est-elle déconnectée des réalités environnementales ?

  • Le poids du numérique

Penchons nous par exemple sur le poids du “cloud”. Nous pourrions facilement nous dire qu’avec les emails, les musiques en streaming, les messageries instantanées, et l’ensemble des pratiques du Cloud, on utilise moins de ressources naturelles telles que le papier, ou que l’on a moins recours aux transports. Parler de “poids” pour désigner quelque chose qui semble être immatériel peut paraître paradoxal. Mais c’est une antinomie qui désigne pourtant quelque chose de bien réel. Ce Cloud, ou “monde virtuel”, a une empreinte enracinée sur la planète. Ces données doivent être stockées quelque part : les datas center. Or, le nombre de datas center explose au fur et à mesure qu’internet s’étend et progresse. L’aménagement de ces technologies constitue donc, rien qu’au niveau des datas center, un poids et un coût non négligeable sur l’environnement, car elles requièrent des infrastructures coûteuses en énergie, en matériaux rares, et en espace.

En juin 2018, l’informaticienne au CNRS Gricad Françoise Berthoud rappelle au Journal du CNRS que « Le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, selon les estimations – soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre, et la tendance est franchement à la hausse, à raison de 5 à 7 % d’augmentation tous les ans. »[1]

Objets connectés et matières premières

Smartphones, ordinateurs, processeurs et autres objets issus de l’innovation technologique constituent une vraie problématique pour l’environnement. Paradoxalement, plus l’innovation progresse dans la miniaturisation des composants électroniques, plus la quantité de métaux et de terres rares utilisés augmente :

« Nos smartphones contiennent une quarantaine de métaux et de terres rares, contre une vingtaine à peine il y a dix ans ».

Ces métaux, collectés sous terre et traités chimiquements, sont dans la majorité des pays à peine/recyclés. Selon ce même article du Journal du CNRS , en Europe, par exemple, à peine 18 % des métaux présents dans nos ordinateurs portables sont ainsi récupérés, tandis que la majorité de ces métaux finiraient dans des décharges sauvages au Ghana, en Inde, ou en Chine, brûlés afin d’en extraire l’or, polluant ainsi l’atmosphère et les nappes phréatiques.

L’innovation environnementale : fantasme ou véritable solution d’avenir ?

  • Les “greentech” ou “cleantech”

Les exemples d’innovation en matière de rendement énergétique ou à faible impact environnemental se multiplient. A la pointe de la technologie, ces appareils comprennent en elles la promesse d’assurer les besoins exigés par une économie de croissance, tout en limitant l’impact sur notre planète. Le secteur des greentech connaît à ce titre un véritable essor économique. Entre le développement des voitures électriques par les constructeurs, le déplacement de data-center vers des zones offshores où l’électricité est apportée par des panneaux photovoltaïques, le secteur de l’innovation environnementale foisonne d’idées afin de maintenir le rythme de la croissance. Mais ces innovations réduisent-elles réellement le coût énergétique et l’impact de nos activités sur l’environnement ? 

Les lows-tech : une piste pour l’avenir ?

Comment ne pas remettre en question la cohérence des innovations vertes, quand on attend d’elles de résoudre par surcroît technologique des problèmes pourtant inhérents à l’utilisation même des technologies ?

“Réduire la consommation des voitures n’a pas permis d’utiliser moins d’essence, elle a juste permis aux automobilistes de faire plus de kilomètres”, souligne à ce propos Anne-Cécile Orgerie, chargée de recherche au CNRS depuis 2012 à l’IRISA à Rennes. “On constate la même chose depuis des années dans le secteur des nouvelles technologies : plus on optimise les systèmes – la mémoire, le stockage, etc. –, plus on favorise de nouveaux usages.”[2]

Le risque est ainsi de s’exposer à une transposition des problèmes connus plutôt que de les résoudre durablement. La différence entre ces deux formes de technologies se fixe autour de la notion de durabilité. Si les green-tech présentent l’opportunité de limiter sur le court terme l’empreinte environnementale de l’innovation technologique, il existe une deuxième école, mais qui prétend être plus durable : les lows-tech.

Les low-tech (ou “basses technologies”) sont en opposition aux high-tech ( “technologiques de pointes”). Elles se caractérisent par plusieurs critères : elles doivent être d’une technologie simple, financièrement et techniquement abordables, facilement réparables, via des ressources locales et recyclables.

Nous pouvons inclure les “low-tech” dans l’innovation technologique, mais dans une dimension plus frugale : des réponses sont apportées à des problématiques précises via les solutions les moins coûteuses pour l’environnement. De plus, ces technologies ont pour vocation de responsabiliser et rendre autonomes les individus, qui pourront s’emparer plus aisément des procédés techniques, plus accessibles, afin de répondre à leur besoins.

Voici quelques exemples de low-tech :

“Gravity Light”

Lampe qui fonctionne grâce à la force de la gravité. La lumière est générée par un moteur cinétique, déclenché par une masse située à 180 cm de haut, avec une autonomie de 20 minutes sans générer aucune émission de gaz à effet de serre.

“Le four solaire”

En capturant les rayons du soleil à l’aide de miroirs et de vitres, la lumière est concentrée dans une chambre ou la chaleur peut monter jusqu’à 160 degrés.

Si ces exemples peuvent paraître ridicules dans leur apports comparés à certaines nouvelles technologies, c’est qu’ils incarnent un mode de consommation tout à fait différent.


L’innovation technologique ne se résume donc pas aux high-tech, et nous pouvons au moins identifier deux écoles. Ceux qui pensent que l’avenir de la planète passe par une avancée de plus en plus poussée de la technologie et une course à la croissance et ceux qui pensent que nous devons changer notre manière de faire et nous tourner vers une nouvelle façon de vivre, afin d’envisager le monde comme décroissance forcée, ou subie. A nous de choisir !


[1]https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique

[2]https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique

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