Greta Thunberg, symbole du conflit générationnel créé par la crise climatique ?

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Ce qui impressionne chez Greta Thunberg, jeune Suédoise de 16 ans, dont plus personne ne peut désormais ignorer l’existence, est la précision de ses arguments et la détermination sans faille dont elle témoigne dans toutes ses interventions et que certains, en général d’une ou deux générations plus âgées, interprètent parfois comme de l’agressivité. Parce que cette jeune femme parle sans détour : c’est parce que vous, adultes, continuez à prendre l’avion, à vous déplacer en voiture ou à consommer une électricité produite à base de charbon, que nous qui avons moins de 30 ans allons souffrir, mourir et serons incapables de réaliser nos projets de vie.

Un article du Point, intitulé « malheur à la ville dont le prince est un enfant », révèle le malaise que peuvent ressentir les générations plus anciennes, qui ont en grande partie créé les conditions du réchauffement climatique et du déclin des énergies fossiles. Outre que le titre est incompréhensible (on ne voit pas le lien entre la jeune activiste et la pièce de Montherlant), les arguments de l’article révèlent précisément l’acuité des propos de Thunberg alors que son objectif est de les dénoncer.

Thunberg est apocalyptique ? Sans blague. Elle dit que le système économique permet à une minorité de gagner d’immenses sommes d’argent tout en détruisant l’environnement ? Qui en douterait. Elle prétend que seule la jeunesse peut sauver le monde, parce qu’elle est la principale, sinon la seule, concernée ? C’est tautologique.

Ce que révèle cet article est que la prise de conscience de ce qui est en train de se passer n’a pas atteint tous les esprits, même les plus éveillés. Que la conjonction de la pression démographique, de la fin des énergies fossiles et du changement climatique aboutisse à une forme d’apocalypse, c’est précisément ce qui est en train de se passer et c’est aussi ce que cette jeune femme veut à tout prix éviter.

Une analyse factuelle de la situation devrait inviter les opinions publiques à renverser le critère du réalisme. Je me souviens d’une conférence donnée en 1988 par René Dumont, agronome et fondateur de l’écologie politique en France. Dumont décrivait par le détail tout ce qui est en train de se produire actuellement et il préconisait de réduire les activités émettrices de CO2 et de méthane pour éviter d’y être contraint trente ans plus tard. La réponse de l’animateur fut « votre proposition n’est pas réaliste ». Mais est-il davantage réaliste de doubler les 200.000 vols commerciaux quotidiens comme le prévoit IATA ? Ou de laisser 2 milliards de véhicule thermiques s’entasser dans les bouchons des grandes agglomérations mondiales ?

Je ne sais pas si Greta Thunberg est une jeune gauchiste, qui vivrait dans son monde, mais je sais que si personnellement je suis un entrepreneur, un homme blanc de 50 ans, qui aime l’autorité, qui a toujours voté à droite, je suis également convaincu qu’il est irréaliste de continuer à foncer dans la même direction. Comme si, ce qui se trouve au bout de la route pouvait être autre chose qu’un désastre, un immense malheur, comme l’Humanité n’en a jamais connu, et elle en a pourtant connu de très nombreux et de très douloureux.

Face à ce « Generationenkonflikt » (nous vous conseillons de lire les articles du sociologue trentenaire Wolfgang Gründinger), il faut choisir les jeunes parce que, comme ce fut le cas pour le Brexit, non seulement ils sont les principaux concernés par le problème, mais en réalité ils sont les seuls.

Pierre.reboul@causamundi.com

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