Politique : sachez reconnaître les “fakes”

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Social media trolling, fake, anger, bullying and scandal signs.

Si on porte son attention sur un certain nombre de personnalités politiques, qui disposent d’un accès permanent aux médias, on est surpris par les contradictions, plus qu’apparentes, qui séparent leur parole publique de leurs vies.

On découvre ainsi que Jean-Luc Mélenchon, révolutionnaire à plein temps tout droit sorti des années 1970, est millionnaire et que cette fortune, qui dépasse de très loin le patrimoine de ceux qu’il est censé servir, n’a été constitué qu’à partir d’argent public. M. Mélenchon est en effet en politique depuis plus de quarante ans, il a été ministre, député, sénateur… C’est un mandarin recouvert d’un sucre glace révolutionnaire, un oxymore, un peu comme le « Parti révolutionnaire institutionnel » qui a dominé la vie politique du Mexique pendant de très longues années. On découvre également qu’il partage sa vie avec sa directrice de la communication, la très fameuse Sophia Chikirou, de 28 ans sa cadette, et qui facture fort cher ses services. Ainsi, notre Bakounine de poche aura eu l’argent, le sexe (l’amour ?) et la reconnaissance.

On est également stupéfait lorsqu’on apprend que le patrimoine net de Nicolas Hulot dépasse les 7 millions d’Euros, qu’il possède trois maisons, un hors-bord équipé d’un moteur de 225CV, et surtout 9 véhicules à moteur, dont un Land Rover, le tout payé par ses champoings industriels. Les plus anciens se souviennent que notre écologiste national avait passé sa jeunesse à vanter le dépassement de soi, donnant à son magazine Ushuaia le sous-titre du magazine de l’extrême. Lorsqu’on entend Nicolas Hulot critiquer le capitalisme, on est ainsi surpris. Un peu comme lorsque le capitaine Haddock défend les alcooliques anonymes, il semblerait qu’il faille bien connaître le mal pour le combattre. Sauf que l’ami de Tintin était actif aux Alcooliques anonymes alors que notre camarade Nicolas a préféré démissionner (plutôt que de faire).

La politique peut également se transformer en PME familiale ; ainsi le FN ou plutôt le RN est une entreprise dans laquelle s’est recasée toute la famille Le Pen. Lorsqu’on travaille tous dans la même crèmerie, prendre le pouvoir n’est finalement qu’un objectif secondaire, comme le disait Lao Tseu, le but est dans le chemin.

Mais la politique n’est pas qu’un territoire d’entrepreneurs, elle est également le refuge ultime de personnalités qu’on qualifie pudiquement de « différentes ». De Dominique de Villepin, qui se décrit lui-même comme chamboulé, à François Bayrou à qui la Vierge aurait promis la présidence de la République en passant par Ségolène, ou ce cher Dupont-Aignan, sorte de mini Salvini tout excité, le paysage politique français regorge de personnages que Pagnol lui-même aurait hésité à mettre dans ses films ou dans son théâtre.

Bien entendu, ce phénomène ne concerne pas que la France, c’est une dynamique mondiale.

Le problème de la carrière politique est qu’elle n’attire plus les personnalités les plus brillantes. Les contraintes sont trop fortes et le risque de ruptures de carrière est trop élevé, sans aucune possibilité de capitaliser. Les personnalités les plus charismatiques ne se lancent pas dans une carrière publique, ils préfèrent le digital, les énergies nouvelles ou la bonne vieille finance.

Du coup, la voie est ouverte à ceux qui ont le plus de ténacité, sans pour autant posséder les qualités de leader ni une vision d’avenir gouvernée par la raison. Celui qui s’impose est celui (ou celle) qui croit le plus en son destin et qui revient sans cesse à la charge. Le résultat au moment du vote est un choix qui n’en est pas un. On écarte le candidat qui paraît le plus médiocre (ou le plus fou) parmi les choix proposés ou on s’abstient. Ou on se retrouve aussi face à un choix scellé : Chirac-Le Pen, Macron-Le Pen ou peut-être encore pire pour 2020 : Le Pen-Mélenchon ou Hulot-Dupont-Aignan.

Vous noterez que je n’ai même pas pris la peine de nommer le trio Wauquiez/Morano/Hortefeux, qui dirige le parti les Républicains.

Pour conclure, je vous invite à regarder (et écouter) l’interview de Bertrand Badie : pourquoi sommes-nous gouvernés par des fous ?

Pierre.reboul@causamundi.com

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