La banalisation de la violence est-elle inéluctable ? Avec Laurent Mucchielli, sociologue.

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Vie et violence sont indissociables, comme le chantait de Nougaro “vie violence ça va de pair, les deux balancent paradis enfer”. Toute l’histoire de l’Humanité est une histoire de la violence. Or, depuis 1945, l’Occident connaît une période de paix extérieure et intérieure, qui est quasiment unique, et qui a chassé du vécu la violence interindividuelle et l’a réduite à un souvenir des temps anciens. Il semble cependant que ce début de XXIème siècle connaît un retour de la violence, non seulement au travers de la délinquance, mais également dans la vie quotidienne, dans ce qu’Alain Finkielkraut appelle un phénomène de “décivilisation”. Les gens se bousculent sans s’excuser, peuvent se battre pour des futilités, n’hésitent pas à s’insulter. Ce retour de la violence va-t-il s’amplifier ?

Nous avons interrogé le sociologue Laurent Mucchielli, professeur à l’Université d’Aix-Marseille et auteur de l’ouvrage « L’invention de la violence » (Fayard). Son interview vidéo sera publiée mercredi 17 mars.

Nous lui avons posé les questions suivantes :

Le thème de la violence est-il un sujet d’études classique en anthropologie ? A-t-on fait une histoire de la violence, du néolithique au XXIème siècle ?

Vivons-nous actuellement une augmentation de la violence en France ?

Comment interpréter l’augmentation des “violences à la personne” et des agressions physiques injustifiées pour un regard ou pour des vols d’objets sans valeur ?

Que signifie la notion “d’incivilité”, n’est-elle pas un euphémisme pour désigner des agressions physiques ou verbales ?

On entend souvent l’expression “il a fait des conneries” pour décrire le passé de personnes (souvent jeunes), qui ont un casier judiciaire. Or, une agression physique peut ruiner la vie de celui ou celle qui en est la victime. La violence aux personnes est-elle une connerie ou un acte grave ?

On parle souvent de la délinquance, mais la violence ne s’exprime-t-elle pas également (et surtout) dans la vie quotidienne, dans les déplacements urbains, les courses au supermarché, la moindre attention qu’on porte aux autres, voire dans le déclin de la politesse et de la courtoisie ? Cette dimension des rapports sociaux fait-elle l’objet d’études ?

En même temps que se durcissent les rapports entre individus et entre groupes, il semble que la violence est de plus en plus acceptée. On tolère qu’il y ait des casseurs dans toutes les manifestations ou que des gilets jaunes bloquent des personnes qui souhaitaient se déplacer (la contrainte est aussi un acte de violence). Pensez-vous que la violence se banalise ? Est-elle devenue “normale” ?

Peut-on lier délinquance et immigration ? La majorité des prisonniers en France sont-ils musulmans comme on le lit parfois ?  Faut-il lever l’interdiction des statistiques ethniques et religieuses (ne serait-ce que pour nier ce fait s’il n’est pas établi) ?

Cameroun, Soudan, Côte d’Ivoire, République centrafricaine, mais également Irlande, Yougoslavie, Birmanie… A l’exclusion de la Suisse, aucun pays multiculturel (langue et/ou religion) n’a pu éviter la guerre civile. Pensez-vous que le multiculturalisme ce soit nécessairement la guerre civile comme on le lit souvent ? Ou du moins générateur de violences ?

Comment anticipez-vous la fin des énergies fossiles et le réchauffement climatique ? Croyez-vous au concept d’effondrement civilisationnel ? Pensez-vous que les temps qui viennent connaîtront une explosion des violences à l’échelon local (du fait des pénuries, des migrations et de la dégradation des conditions de vie) ?

Rendez-vous le 17 mars pour les réponses.

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