Un monde où tout s’emboîte parfaitement peut-il être inconçu ?

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Businessman staking toy building blocks

La réalité est composée de deux domaines, la physique et la biologie (la vie), dont l’un s’ajuste sur l’autre. Il est entendu que sans la réalité physique – les particules, l’astronomie, la chimie, la géologie – il n’y aurait pas de vie, cela va de soi. Mais, ce qui surprend, et qui est à priori inexplicable, est la façon dont tous les éléments semblent réunis pour permettre la vie, telle qu’on la connaît sur Terre :

  • Sans la gravité, l’atmosphère et toute forme de vie se disperseraient dans l’espace.
  • Sans le photon comme vecteur de l’énergie, il n’y aurait ni photosynthèse, ni aucune forme de transformation chimique.
  • Sans la propriété de l’oxygène de transporter le glucose et donc l’énergie, le règne animal n’existerait pas.
  • Sans la loi de l’équipartition de l’énergie, nous serions brûlés extérieurement et congelés à l’intérieur.
  • Si l’eau ne possédait pas sa propriété de dissolvant, la Terre ne contiendrait que des minéraux. Et, sans les propriétés de l’atome de carbone, qui permettent de fabriquer les protéines dont notre corps est constitué, il n’y aurait aucun être vivant.
  • Sans l’électromagnétisme, il n’y aurait ni cerveau, ni système nerveux, ni même de surface solide puisque c’est la force électromagnétique qui rend la matière solide. L’électromagnétisme a-t-il été « inventé » pour permettre à l’homme (et aux animaux) de penser ?

La question que nous posons est alors évidente : la vie s’est-elle imposée dans les conditions qu’elle a trouvées, ou la réalité physique est-elle préconçue pour permettre la vie ? Il y a deux façons opposées d’interpréter cette idée : on peut s’émerveiller et y voir un schéma complexe, dont la vie serait l’aboutissement, mais on peut également conclure que – dans une telle conception – la vie ne serait finalement qu’une propriété de la matière.

Bien entendu, il n’est pas question pour nous de faire appel aux théories du design intelligent, qui n’ont aucun sens, parce qu’elles partent d’un apriori (l’intelligent design n’est pas scientifique parce qu’il relève précisément de l’intelligent design de celui qui émet la proposition, dans une intention précise), ni de faire référence à une quelconque divinité. Simplement, nous faisons un constat qui appelle une réponse : les briques de la physique sont-elles « conçues » pour permettre la vie ?

Pour y répondre, nous demanderons à deux scientifiques, en l’occurrence Claude Aslangul, professeur de Physique à Pierre et Marie Curie, et Hugues Roest Crollius, généticien, directeur de recherche au CNRS et à l’Ecole normale supérieure de partager leurs connaissances et de nous proposer des réponses possibles.

Si leur réponse est positive, nous ne serons pas pour autant parvenus au bout du chemin, parce que le fait que les conditions physiques sur Terre permettent à la vie de se développer pose une autre question : pourquoi existe-t-il tant de planètes où la vie est impossible ?

Pour que la vie soit possible, il ne suffit pas que la physique (les particules, le photon, l’électromagnétisme, les lois de la thermodynamique…) puisse intrinsèquement se transformer en vie, il faut aussi que certaines conditions conjoncturelles soient réunies :

  • La planète doit être tellurique et constituée de matière non agressive (ainsi Vénus, dont l’atmosphère contient de grandes concentrations de dioxyde de soufre et d’acide sulfurique est impropre à la vie).
  • Elle doit être idéalement située par rapport à son soleil, de façon à recevoir une quantité de rayonnements compatible.
  • Elle doit posséder de l’eau et une atmosphère.
  • Elle ne doit pas être trop grosse ou trop petite, pour des raisons liées à la gravité.
  • Elle ne doit pas posséder une orbite trop excentrique, pour éviter des amplitudes thermiques extrêmes.

Ces conditions ne sont réunies que dans une toute petite minorité de planètes et, si la vie est l’aboutissement de la physique, on ne peut que s’étonner de l’immense gâchis que représente le nombre de planètes incompatibles avec la vie. Et pour le moment, nous n’avons effectivement détecté aucune forme de vie en dehors de la Terre.

Pour conclure, nous avons ainsi un Univers, potentiellement infini, qui s’est constitué après une expansion exponentielle (l’inflation cosmologique), dont les « briques » possèdent toutes les propriétés pour permettre un phénomène physique qui est la vie, mais dont les conditions, pour l’immense majorité de ses constituants, sont en réalité impropres à la vie. Sinon pour une infime minorité de planètes.

Bien entendu, ce jeu du hasard et de la nécessité rappelle la compétition qui existe entre les espèces.

La logique de la sélection naturelle contraint la grenouille européenne à pondre 10.000 œufs pour que trois têtards atteignent l’âge adulte. Ce chiffre se justifie parce que les dangers sont innombrables pour une espèce qui, au stade larvaire, constitue la base de la chaîne alimentaire des zones humides, mais il permet aussi de multiplier les mutations génétiques et donc les possibilités d’évolution. Avons-nous un schéma comparable pour les planètes ? Existe-t-il une compétition, qui permettrait l’émergence de formes de vie différentes, qui seraient comme autant de mutations ? Ici une vie à base d’eau et de carbone, là une vie dans l’ammoniaque, ailleurs une forme de vie gazeuse ? Et survive qui pourra.

Quelles conclusions peut-on en tirer ? Si vous avez une idée, nous vous proposons de la publier en commentaire.

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