Une espèce (eg. l’Homme), qui rencontre un trop grand succès est-elle condamnée à s’éteindre ?

71

L’Evolution est-elle responsable de la domination actuelle de l’espèce humaine ? Et donc de sa fin.

La sélection naturelle favorise les individus qui présentent des mutations favorables, en leur permettant de vivre jusqu’au stade de la reproduction, et en transmettant cette (ou ces) caractéristiques par le mécanisme de l’hérédité. Il ressort de ce principe que la sélection opère entre les individus d’une même espèce et non entre les espèces.

Bien entendu, plusieurs espèces prédatrices peuvent se trouver en concurrence sur le terrain, mais la pression qui ressortira de cette concurrence imposera une sélection interne entre les individus de chaque espèce et non d’une espèce sur l’autre. Il en va de même dans la relation proie/prédateur, les prédateurs exercent une pression sur leurs proies et, à l’intérieur de chaque espèce de proie, les individus les mieux adaptés (fuyant plus vite, voyant ou entendant mieux, se cachant ou se défendant mieux), transmettront leurs qualités à leurs descendants, aux dépens des descendants de leurs propres congénères.

La sélection naturelle est donc une affaire d’individus et non une affaire d’espèces.

Il n’en demeure pas moins que, lorsqu’une espèce rencontre un grand succès, son expansion se fait souvent au détriment d’espèces cousines. Par exemple, la fourmi d’Argentine (Linepithema humile) possède deux avantages redoutables : sa toute petite taille lui permet de créer des fourmilières dans des anfractuosités très étroites et la reconnaissance mutuelle entre colonies leur permet de collaborer plutôt que de s’affronter, comme le font la plupart des espèces de fourmis. En conséquence, cette espèce repousse les autres espèces de fourmis en dehors de vastes territoires. Certaines fourmis locales disparaissent de Provence, de Catalogne ou d’Italie. Mais ce succès, visiblement mérité, n’a que peu d’impact sur les autres groupes d’insectes.

Le problème survient lorsqu’une espèce occupe tous les écosystèmes aux dépens de tous les autres groupes d’animaux et même de végétaux. A notre connaissance, une telle situation n’est arrivée qu’une seule fois sur Terre : c’est en ce moment et il s’agit de notre espèce, avec les conséquences qu’on connaît, et le risque que cette situation fait peser sur notre propre devenir.

Peut-on rendre l’Evolution responsable de cette situation ? A priori non, parce que, comme nous venons de le voir, l’Evolution ne fonctionne qu’à l’intérieur d’une même espèce, entre les individus.

Dans le cas de l’Homme, la sélection naturelle a favorisé les individus possédant les meilleures capacités d’analyse et d’adaptation. Le changement de régime alimentaire (l’Homme est le seul primate qui soit principalement carnivore) a permis au métabolisme de fabriquer un cerveau de très grande taille, qui à son tour a ouvert la voie à une maîtrise encore meilleure de l’environnement et un développement d’outils encore plus complexes, jusqu’à l’industrie, l’informatique, l’astronomie ou la médecine.

Si d’autres espèces avaient suivi dans la même voie, par exemple d’autres primates ou des espèces d’éléphants, l’apparition d’un cerveau performant n’aurait pas eu davantage de conséquences que l’apparition de la vue. L’œil aussi est un avantage majeur, sans doute plus important encore que la capacité cognitive. Si l’apparition de l’œil n’a pas abouti à une situation de domination d’une seule espèce, c’est parce que la vision est apparue relativement tôt et que la spéciation s’est poursuivie, chaque nouvelle espèce qui apparaissait dans l’arbre du vivant étant également dotée de la vue. Or, le cerveau humain n’est apparu que chez l’Homme et à une date très récente.

Pourquoi ? Parce que l’Homme, dès qu’il a été capable de fabriquer des outils, et notamment des armes, a exercé une telle pression sur son environnement, qu’il a pu se mettre à l’abri de tous les prédateurs, chasser ses proies avec une efficacité croissante et occuper tous les écosystèmes sur la planète. Les autres animaux, qui auraient éventuellement pu développer leur cerveau de façon comparable (chimpanzés, bonobos, gorilles…), ont été rapidement confinés à leur habitat originel. Le first mover advantage a joué un effet déterminant. L’Homme a même éliminé les autres espèces du genre homo, de sorte qu’il n’en reste plus qu’une seule : la nôtre.

L’Evolution a créé l’Homme, mais elle n’est pas responsable de la situation actuelle, ou alors indirectement. Entre les hommes, ceux qui ont le cerveau le plus efficace ont été privilégiés, ils ont pu se reproduire et transmettre leurs qualités. Et au final, les autres espèces – toutes les autres espèces – en ont subi les effets, sans qu’aucune mutation dans leur propre génotype n’ai pu leur permettre de compenser la pression que l’espèce humaine faisait peser sur elles. Lorsque le cerveau de l’Homme lui a permis de développer des outils, il a pu transformer son environnement en quelques milliers d’années. Tout est allé trop vite.

Nous nous retrouvons donc dans une situation où une seule espèce en élimine toutes les autres, en les chassant, en réduisant leur habitat, et en faisant peser sur elles la menace du réchauffement climatique.

Dès lors, puisqu’une espèce est amenée à détruire la biodiversité et finalement se détruire elle-même parce qu’elle a connu un trop grand succès, on peut se demander quelle est donc la logique de la vie ? On disparaît si on n’est pas adapté et on disparaît aussi si on est trop adapté.

Nul ne sait si cette logique existe, mais il ne faut pas la rechercher dans l’Evolution au moyen de la sélection naturelle. Parce que la sélection naturelle n’est rien d’autre qu’un mécanisme qui opère à l’intérieur d’une même espèce pour favoriser les individus les mieux adaptés, elle n’est pas un principe eschatologique. Ce principe eschatologique, il faut le rechercher ailleurs, si toutefois il existe. Pour le moment, nous n’avons aucune piste.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here