La RSE est-elle utile ?

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Frankfurt, Hesse, Germany - January 11, 2018: Figures of businessmen are skeptical looking at stock market charts.

Responsabilité Sociétale des Entreprises. Quelles réalités se cachent derrière cette belle formule ? N’est-elle qu’un buzzword qui cristallise nos espoirs pour répondre aux crises humaines, ou est-elle une véritable pratique d’avenir ? La RSE est-elle synonyme d’un développement durable, la promesse d’un monde néolibéral plus éthique ?

Pour cela, interrogeons son utilité. “Utilité” est un concept ambiguë,  car nous pouvons le comprendre dans deux sens. Et cette ambiguïté démontre tout le problème conceptuel que pose la RSE.

Est-elle utile, au sens de “rentable” pour les entreprises ?

Est-elle utile, au sens “d’efficace” dans les objectifs qu’elle vise ?

Et surtout, ces deux formes d’utilité sont-elles compatibles ?

Une entreprise peut-elle avoir deux visages ?

La RSE devait bien naître un jour…

La rentabilité d’une entreprise est son principe premier de survie. Mais aujourd’hui, vouloir produire le plus possible à moindre coût entraîne des conséquences sociales et environnementales qui sont de plus en plus difficile à tenir.  Une entreprise ne peut plus se contenter de n’être que rentable. Elle doit soigner son image.

Aux origines de la RSE, on trouve les catastrophes écologiques, les mouvements sociaux, les scandales financiers, qui ont terni l’image de nombreuses entreprises. On se rend donc bien compte qu’avec la RSE, c’est l’image des entreprises qui est en jeu.  Les entreprises ont pris conscience que l’image qu’elles véhiculent est tout aussi importante que ce qu’elles produisent. La pression des consommateurs a joué un grand rôle dans ce paradigme.

Howard Bowen est le père du concept de RSE. Dans Social Responsibilities of the Businessman, il décrit l’idée que ceux qui détiennent le pouvoir ont ipso facto un devoir envers la société. En même temps que les sociétés participent largement à la vie économique, sociale et culturelle d’un pays, elles doivent œuvrer sur les problèmes sociétaux. Les préoccupations des entreprises ne doivent plus se résumer purement et simplement au développement économique et la conformité à la loi. C’est ainsi que le la RSE est déclinée en trois piliers :

Une dimension environnementale : les entreprises doivent se soucier de la comptabilité entre leurs activités commerciales et le maintien des écosystèmes, en mesurant l’impact de leurs produits en matière de consommation de ressources, de production de déchets, en émission de CO2.

Une responsabilité Sociale/Sociétale : l’impact de l’entreprise sur l’ensemble des parties prenantes, à savoir les employés(salaires, conditions de travail, non-discrimination), les fournisseurs, les clients (sécurité sanitaire et psychologique), les habitants proches du sièges social (nuisances, respect des mœurs et coutumes).

Une responsabilité économique : la performance financière et la recherche de profit doit contribuer au développement économique du secteur ou de la zone dans laquelle l’entreprise évolue, dans le respect d’une concurrence vertueuse (sans abus de position de dominance, ni corruption, etc.…)

 Les gouvernements souhaitent accompagner la RSE : en 2001 naît la loi “NRE”, qui impose aux entreprises cotées en bourse de communiquer leurs actions en faveur des problématiques environnementales, sociales et économiques. En 2010, la loi Grenelle élargie le nombre d’entreprises concernées.

Allier performance et éthique, est-ce s’exposer à un double visage ?

C’est la grande question inhérente à la RSE. Comment faire en sorte qu’une entreprise soit compétitive et responsable en même temps ? Est-ce intrinsèquement incompatible ? L’utilité de la RSE se résume-t-elle à créer l’illusion ?

Certains cas pratiques montrent un décalage entre le discours et les pratiques. On se souvient tous de laffaire Volkswagen scandale industriel où le groupe automobile, qui s’était engagé dans une démarche de préservation de l’environnement, avait en fait tenté de frauder les tests d’émission de CO2 de leurs véhicules, et ainsi trahi ses engagements RSE.

Néanmoins, le groupe a largement souffert de ce scandale. On peut ainsi considérer l’engagement RSE d’une entreprise comme la création de sa propre épée de Damoclès. Si une société de respecte pas ou fausse ses engagements RSE, alors elle s’expose à des conséquences qui peuvent lui êtres fatales.

Une RSE à double visage qui est tôt ou tard démasquée est donc, d’un point de vue purement rationnel, un jeu qui n’en vaut pas la chandelle. En témoigne l’histoire des entreprises Enron et Parmalat, qui ont fait une véritable Banqueroute.

Aujourd’hui, la RSE s’étend et se normalise. Pour n’en citer que quelques exemples, l’achat responsable, la consommation éthique, ou le bien-être des travailleurs sont au cœur des revendications sociales et environnementales. Le droit de regard et de transparence se fait de plus en plus pressant. La notion de performance ne se résume plus seulement au rendement économique, mais s’applique aussi dans des logiques de développement durable. La RSE ne semble donc pas être un simple effet de mode.

Pour étudier cette question plus en profondeur, nous interrogerons prochainement un spécialiste de l’économie et du développement durable, et nous lui poserons cette question : La RSE est-elle utile ?

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