Enfanter, est-ce promettre l’enfer ?

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Newborn baby holding mother's hand

Quelle femme ne se pose pas cette question au moment de concevoir un enfant ? Bien entendu, une telle question n’appelle aucune réponse unique, elle ne peut non plus servir à une quelconque forme de réflexion pouvant conduire à une décision rationnelle. Bref, cette question ne sert à rien.

Les hommes sont faits pour avoir des enfants et fonder une famille, c’est un fait ; nous sommes en quelques sortes conçus pour concevoir. D’où la complexité pour certains couples, même très récents, d’utiliser un préservatif. Le préservatif dit aux amants que leur ébats n’aboutiront sur rien, et si le plaisir ne s’avanouit pas tout à fait, il en est moins intense.

Avoir des enfants est une nécessité impérieuse, contre lequel aucun réchauffement climatique ne peut avoir d’effet. Il n’en reste pas moins, qu’avec 4°C de plus, le monde dans trente ans sera peut-être un enfer. Un enfer surpeuplé, dans lequel les populations se déplaceront en tout sens pour chercher les lieux les moins exposés, et où le confort de vie n’aura rien à avoir avec celui que nous connaissons aujourd’hui.

Il y a peu de temps, les médias développaient l’idée que la génération de parents actuelle s’inquiétait que leurs enfants aient un standard de vie inférieur à celui qu’eux-mêmes ont connu. Mais, le réchauffement et la fin des énergies fossiles posent un tout autre panorama, il ne s’agit plus de standard de vie, il s’agira peut-être simplement de survivre.

Dès lors, faire en enfant en 2019 est-ce lui promettre l’enfer ? Toutes les générations ne se sont-elles pas posée cette question ? Dans la Gaule préromaine, à la fin de l’Empire romain, pendant la guerre de cent ans, lors de la grande peste, pendant les guerres de religion, avant le premier puis le second conflit mondial, à l’âge atomique, pendant la guerre froide etc etc.

La différence entre ces époques et la nôtre est que les périodes d’épanouissement ont toujours succédé aux périodes de souffrance (et vice versa). L’optimum médiéval, qui connut une forte croissance des populations en Occident, précéda la peste, mais la Renaissance lui succéda, comme les trente glorieuses ont suivi la seconde guerre mondiale et ses 70 millions de morts.

Malheureusement, le réchauffement climatique ne fonctionne pas sur ce modèle : rien dans le court et moyen terme ne permettra d’enfouir le dioxyde de carbone que deux siècles de civilisation industrielle ont envoyé dans l’atmosphère. Si nous cessions toutes nos émissions, il faudrait à la nature 10.000 ans pour l’absorber.

La seule chose que nous pouvons dire est que dans l’état actuel de nos connaissances, et considérant par ailleurs la démographie mondiale et l’inertie thermodynamique du système Terre, rien ne permet de penser que nous pourrons éviter un monde où vivre représentera un défi quotidien. La situation ne sera pas forcément apocalyptique, mais la vie quotidienne avec +4°C en plus n’aura rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. On pourrait argumenter que tout ceci n’est pas certain et que nous parviendrons peut-être à limiter l’augmentation des températures moyennes à +1,5°C. C’est malheureusement faux, ce qui n’est pas certain concerne les migrations, les guerres éventuelles (entre les Etats-Unis et la Chine par exemple) ainsi que l’effondrement des pays qui se trouveront les plus affectés par le réchauffement (comme l’Iran, l’Afrique du Nord et les pays du Sahel), le réchauffement lui est acquis. Le consensus des climatologues se situe à +4°C avec comme hypothèse que les Accords de Paris soient respectés. C’est donc une donnée.

Alors oui, faire des enfants est un sacré pari, mais les couples ont-ils réellement le choix, puisqu’ils sont programmés pour ça ? Ne sont-ils pas dans une sorte de bulle, que nous appelons habituellement l’insouciance et qui est par nature momentanée ? L’avenir est forcément radieux pour ceux qui s’aiment. Et ne fait-on pas des enfants avant tout pour soi-même, pour « réaliser » son couple ? Les spécialistes de génétique évolutive vous diront qu’on se reproduit pour transmettre ses gènes et, si les gènes ne sont plus adaptés, l’espèce disparaît. La nature est ainsi. Avant nous, aucune espèce ne s’est posée la question de son adaptation à des conditions environnementales qu’elle a elle-même crées. Lorsque les cyanobactéries ont transformé l’atmosphère en produisant une grande partie des 21% d’oxygène dont elle est constituée, elle ne se sont pas dites « devons-nous nous reproduire » ou plutôt nous scinder en deux, parce que nous ne supportons pas l’oxygène ? Mais pour ça aussi, la situation est inédite.

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