Faut-il un écofascisme pour sauver le monde ?

536
A little wooden figurine addresses an out-of-focus collection of other wooden puppets, all with their arms raised, at a rally, meeting, seminar, exercise class or theatrical performance.Red background with copy space.

L’urgence écologique a du mal à trouver un écho dans le système politique actuel. Doit-on amener les êtres humains à abandonner leur mode de vie, celui qu’ils connaissent depuis l’avènement de la société de consommation ? Ou devons-nous les y contraindre, pour la survie des générations actuelles, et de celles à venir ?

Est-ce à chacun de changer ? 

«Les initiatives locales et la volonté citoyenne ne suffisent plus. Il est aujourd’hui vital que des décisions politiques drastiques – et contraignantes donc impopulaires – soient prises».

Voilà ce que nous déclare l’astrophysicien français, devenu activiste écologique, Aurélien Barrau, lors d’une tribune pour le site Diacritik.

Faut-il une dictature verte ou un écofascisme  pour sauver le monde ? C’est un des arguments des détracteurs de l’écologie. L’écologie, si elle est poussée à son paroxysme, rimerait ainsi avec un monde où la liberté individuelle s’est éteinte. Devons-nous prendre cette possibilité au sérieux ? Les détracteurs de l’écologie ne vivent-ils pas eux-mêmes dans une dictature de la croissance ?

Liberté, liberté… est-ce faire ce que l’on veut ? 

D’un autre côté, la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui est indissociable de l’innovation et de la croissance technologique. Nous projetons la politique dans un monde dont nous sommes les possesseurs, les architectes, presque les bâtisseurs. Le libéralisme économique prône notre liberté individuelle comme premier principe cardinal, première religion, et le rôle de nos démocraties, c’est de les préserver à tout prix et sans limites. Mais à quel prix justement ? Car toutes les libertés ne sont pas compatibles avec notre survie. La liberté de consommer est un concept qui devient ambiguë, dès lors qu’elle engendre pollutions et nuisances. A vrai dire, il est impossible de considérer la liberté sans contraintes. 

L’idéal serait que les humains fassent l’usage de leur propre liberté et libre-arbitre pour se contraindre eux-mêmes. D’abord individuellement. Mais comment faire ? Avons-nous le temps ?

C’est de ces questionnements que certains ont imaginé la contrainte forcée. Hans Jonas, philosophe qui a marqué le XXème siècle autant que la pensée écologique, souhaite instaurer une «tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses», dans le cas où les humains ne parviendraient pas, d’eux-mêmes, à changer leurs comportement. Hans Jonas dressait-il ici une utopie ?

Car aujourd’hui, si nous nous situons dans la pensée de Hans Jonas, nous sommes parvenus au stade où il faudrait instaurer une “tyrannie bienveillante”. A quoi cela peut-il ressembler ? Est-ce une chimère ?

Une “écocratie”  ? 

L’écologie Michel Tarrier, auteur de l’essai Dictature verte (Presses du Midi, 2010), nous en donne quelques exemples, à travers ce qu’il décrit comme une “écocratie” : une interdiction de certains trafics aériens, l’obligation du covoiturage, instauration de “péages écologiques”… Mais comment y arriver ?

Pour arriver à cette “écocratie” par la voie démocratique, encore faut-il que les citoyens la décident d’eux même, cela suppose au moins deux choses :

  • qu’ils soient fortement sensibilisés à la cause écologique
  • qu’ils soient prêts à renoncer au mode de vie qu’ils ont toujours connu

Mais la sobriété est surtout acceptée quand la contrainte ne nous laisse pas le choix. On ne compte plus dans l’histoire les moments où les ressources étaient devenues soudainement limitées (catastrophes naturelles, guerres, sécheresses, etc.…). Pendant ces périodes, les humains se sont organisés, le rationnement et la contrainte étaient deux éléments vitaux pour le maintien des sociétés et des groupes.

Nous ne sommes pas encore arrivés à une troisième Guerre Mondiale, et il semble que nous ayons encore une certaine marge de manœuvre. Le problème, c’est que le modèle actuel de l’écologie est basé sur l’exemplarité. La responsabilité est focalisée sur l’individu, qui peut très vite perdre espoir et baisser les bras dans une société basée sur surconsommation.

Les régimes autoritaires ne seront pas nécessairement écologistes.

Autre scénario possible : nous pouvons très bien imaginer, avec les crises à venir (réchauffement climatique, migrations climatiques, fin des énergies fossiles) et la raréfaction globale des ressources, un régime quasi-fasciste qui réserve la jouissance de ces ressources à une caste très restreinte. A ce rythme, nous serions peut-être confrontés à un fascisme, mais comble de l’ironie, il ne sera pas forcément écologique.

Libertés individuelles et écologie sont compatibles, la question reste de savoir comment.

Nous interrogerons prochainement un politologue pour nous éclairer sur ce sujet, aussi complexe que déterminant pour notre avenir à tous.

Rendez-vous sur notre chaîne Youtube !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here