Environnement & Climat : ce qu’Emmanuel Macron aurait pu annoncer

109

On aurait pu s’attendre à de grandes annonces concernant l’écologie lors de la conférence de presse du Président de la République, d’abord parce que cela ne coûte potentiellement rien, comparé aux mesures touchant le pouvoir d’achat, et que des annonces substantielles auraient pu lui permettre de prendre la tête d’une croisade mondiale, qui lui aurait beaucoup apporté en termes d’image internationale.

Or, le peuple français a eu droit à l’annonce d’un machin supplémentaire :  le « conseil de défense écologique », qui réunira à intervalles réguliers les ministres concernés. Qui sont les ministres concernés ? Quelle sera la production de de conseil ? Quel est le rapport avec la défense ? Nul ne sait.

Le Président de la République aurait pu proposer beaucoup mieux, sans que cela ne pèse sur les comptes de la nation, s’il avait eu des conseillers un peu plus créatifs.

La protection de l’environnement porte essentiellement sur deux domaines : le changement climatique et la biodiversité, ou pour le dire en termes plus concrets la protection des habitats naturels, c’est-à-dire des espaces vierges.

Pour ce qui concerne le changement climatique, nous savons que la responsabilité par secteurs est diffuse, on ne peut cibler un secteur en particulier (par exemple le transport aérien) parce que chaque secteur n’est responsable que de quelques pourcents des émissions de gaz à effet de serre (3% pour le secteur aérien). Nous savons également que chaque pays ne représente qu’une partie infime des émissions mondiales (1% pour la France, 2% pour l’Allemagne, 30% pour la Chine, mais nous ne sommes pas la Chine). Toute décision marquante ne peut donc se prendre qu’à l’échelle de l’Union Européenne et, pour être efficace, elle doit impliquer un pouvoir de contrainte sur les pays les plus émetteurs (elle ne peut pas se limiter à l’UE).

Le Chef de l’Etat aurait pu ainsi annoncer une initiative européenne, visant à imposer une réduction des émissions par secteur (automobile, aérien, élevage, résidentiel, construction…) aux entreprises présentes dans l’Union Européennes et à celles (chinoises, américaines, indiennes, japonaises…) qui exportent dans l’Union Européenne. Depuis bien longtemps, les entreprises qui exportent leurs produits et services sur le marché européen subissent des obligations contraignantes portant sur les caractéristiques sanitaires de leurs produits et sur l’information des consommateurs (par exemple fournir un mode d’emploi dans la langue des pays où leurs produits sont commercialisés). Nous y ajouterions le respect des contraintes carbone, évitant ainsi des distorsions de concurrence aux dépens des sociétés qui ont leur siège dans l’UE.

La façon dont ces entreprises s’y prennent pour réduire leur empreinte carbone ne concernerait pas les autorités communautaires, qui se chargeraient simplement des contrôles, y compris de contrôles sur place (c’est-à-dire en Chine, en Inde ou aux Etats-Unis). Le rôle de l’UE n’est pas de proposer des recettes, ni de s’immiscer dans la stratégie des entreprises, mais de garantir la santé des citoyens, et cette santé n’est nullement garantie avec une augmentation des températures moyennes de +4°C. Le non-respect des objectifs fixés par l’UE (X tonnes de CO2 émises pour X tonnes de produits commercialisés) impliquerait, non pas des amendes, mais une fermeture totale du marché. Les entreprises auraient cinq ans pour se conformer et, chaque année, ces objectifs seraient revus à la hausse jusqu’à zéro émission, par exemple en 2040.

Bien entendu, cette mesure ne concernerait que les entreprises qui exportent vers l’UE, les émissions locales (le recours au charbon pour produire l’électricité domestique, la circulation automobile, le résidentiel local…) ne seraient pas concernées. L’UE ne peut rien imposer aux pays non membres sur ce qu’ils font sur leur propre sol, à moins d’appliquer aux émissions les mêmes contraintes que celle que nous proposons pour la biodiversité.

Pour ce qui concerne la biodiversité, nous savons que 12 millions d’hectares de forêts tropicales sont détruits chaque année, soit l’équivalent de la superficie du Venezuela (eh oui, nous en sommes là). L’Union Européenne fixerait, pour chaque pays, un objectif de maintien des espaces naturels, cet objectif serait défini en commun avec le pays. Si le pays en question respecte cet objectif, il se verrait attribuer un statut équivalent à la « clause de la nation la plus favorisée », qui serait proche d’un statut d’Etat membre pour tout ce qui concerne le commerce. Si l’objectif n’est pas respecté, ou si l’Etat en question refuse de négocier, les portes du marché européen seraient fermées à toutes ses entreprises, énergie comprise.

L’Union Européenne ne possède aucun levier de contrainte, elle est un nain politique et un hobbit militaire, mais c’est toujours un géant économique. Le levier commercial est un peu sa bombe atomique, et ce que nous proposons est d’appuyer sur le bouton nucléaire. Bien entendu, une telle proposition déclencherait un tollé, mais c’est précisément l’objectif, si le Chef de l’Etat souhaite devenir le leader environnemental dont le monde a besoin, il doit commencer par un coup de tonnerre (un peu comme le premier discours du candidat Trump sur les Mexicains, mais dans le bon sens).

Rappelons au passage qu’il ne s’agit pas de tordre le bras des partenaires commerciaux, il s’agit de sauver l’humanité. C’est un but louable parce que, sans humains, il n’y aura plus de commerce.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here