Pourquoi l’instinct de conservation ne contraint-il pas les Hommes à renoncer aux énergies fossiles ?

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L’instinct de conservation illustre la loi d’airain qu’est l’Evolution : ceux qui en sont dépourvus meurent avant de se reproduire. Et donc, ne vivent, et ne transmettent leurs gènes, que les individus qui en sont équipés. Tous les êtres vivants sont donc équipés d’une forme d’instinct de conservation, plus ou moins complexe, inscrit dans leur génotype.

L’instinct de conservation correspond à ce que Nietzsche appelait la volonté de puissance et Schopenhauer la volonté, tout court. L’énergie crée et entretient la vie, et le petit programme qui interdit aux individus de se suicider, ou leur intime l’ordre de fuir, est la condition qui permet à la vie de se maintenir.

Cette idée évoque par ailleurs un concept philosophique plus large, qui consiste à dire qu’il n’existe que ce qui peut exister et qu’on ne peut imaginer aucun possible, qui n’existe aujourd’hui, dans l’univers. Le possible et le réel seraient ainsi confondus. C’est un peu l’idée que développait Leibniz lorsqu’il parlait du « meilleur des mondes possibles » ou lorsqu’il posait la fameuse question « pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Non seulement aucun autre monde n’est possible, mais le monde tel qu’il existe ne pourrait pas ne pas exister.

Alors pourquoi notre instinct de conservation ne nous intime-t-il pas l’ordre impérieux de nous sauver et de sauver nos proches ? Cet instinct se limiterait-il à la seule survie de l’individu ?

La théorie postule que chaque individu est conduit à privilégier ses propres gènes. Nous devrions donc être motivés par le souci de la survie de nos enfants, et même par la survie de nos proches, par rapport aux populations plus éloignées. C’est la théorie du gène altruiste, qui consiste à favoriser, à défaut de sa propre survie, la survie ou la reproduction des autres individus de sa lignée, par rapport à des individus plus éloignés.

Une étude publiée en 2014 par l’Université de Yale, qui s’est appuyée sur 1,5 millions de marqueurs génétiques, a même trouvé que les individus choisissaient leurs amis parmi les personnes qui leur sont le plus proches génétiquement.

On pourrait donc penser que les parents que nous sommes devraient être terrifiés par la perspective du réchauffement climatique, non seulement pour nous-mêmes, mais plus encore pour nos enfants. Alors, que se passe-t-il ? Pourquoi continue-t-on à vivre et consommer comme si de rien n’était ?

La réponse de la plupart des généticiens consiste à dire que nous ne sommes programmés que pour réagir à un danger immédiat.

Comme l’abeille qui se sacrifie pour la communauté, ou le mâle araignée qui se laisse dévorer pour nourrir sa descendance, les Humains ont été capables de grands sacrifices dans leur histoire. Dans les tranchées de la première guerre mondiale, nos grands-pères ont notamment montré qu’ils pouvaient sacrifier leur propre vie pour leur pays. Seulement voilà, en 1914, l’ennemi était à nos portes, alors que le réchauffement est une perspective lente. Nous sommes comme la grenouille qu’on plonge dans une eau tiède, et qu’on porte progressivement à ébullition.

Tant qu’il n’y a pas de catastrophes, le danger restera hors de portée de notre instinct de conservation. Comme une source magnétique trop lointaine pour que nous la recevions, nous en avons l’intelligence (nous savons que la source est là), mais la partie instinctive de notre comportement n’est pas encore en action. Lorsqu’elle sera en action, elle provoquera toutes sortes de comportements, qui ne seront pas que rationnels. Et c’est cela qui est dommage, si nous voulons réagir rationnellement nous devons le faire maintenant, parce qu’après, ce pourrait bien être la peur, la colère et la violence qui pourraient prendre le dessus, et elles sont de bien mauvaises conseillères.

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