Que dire à vos enfants qui s’inquiètent pour le Climat ?

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at Subway Station

Il est devenu impossible de lire la presse et les médias en ligne sans trembler d’angoisse tant les articles, les prises de position ou les résultats d’études menées par des laboratoires ou de grandes universités sur le climat sont nombreux et alarmants. Et c’est sans doute encore plus angoissant lorsque vous avez 15/20 ans, qu’il vous reste 60 ans à vivre, et que vous allez donc connaître ces années présentées comme les pires : 2040, 2050, 2100…

Or, les responsables de la déplétion des énergies fossiles et des concentrations actuelles de gaz à effet de serre, c’est nous, leurs parents. C’est nous qui avons profité de la vie et c’est nous aussi qui les avons fait venir sur Terre. On ne peut donc se cacher derrière des réponses du type « nous verrons bien », « le pire n’est pas garanti » etc…

Déjà sans bouleversement du climat, faire un enfant est un acte peu rationnel. Nous imposons à une personne qui ne nous a rien demandé de vivre, de faire ses devoirs lorsqu’il est enfant, de chercher du travail, de se satisfaire du leg génétique que nous lui avons imposé (maman, je suis moche), de tomber malade, de faire le deuil de notre propre disparition, et enfin de mourir. Lorsque devenus adolescents, ils nous demandent pourquoi nous leur avons imposé la vie, nous avons tous à peu près la même réponse : « certes, la vie n’est pas parfaite, mais il y a de bons moments ». Finalement, c’est comme à Disneyland, on a fait la queue, il pleuvait, mais il y avait tout de même deux ou trois manèges sympas.

Mais puisque nous sommes entre nous, avouons-le : les enfants, nous ne les faisons pas pour eux, nous la faisons pour nous. Parce que sans enfants, le couple n’a plus de sens, parce que c’est mignon et parce que nous sommes tout simplement programmés pour ça.

La plupart des gens ne se posent d’ailleurs aucune question, ils vivent leur vie et ils font des enfants. Et les enfants on les fait jeunes, quand le cerveau est encore immergé par ces molécules, qui empêchent de voir le monde tel qu’il est et qui créent une sorte d’immunité psychologique. C’est après qu’on prend conscience des choses, quand les niveaux de dopamine et de sérotonine déclinent. A l’approche de la cinquantaine, la prise de conscience est brutale.

Mais la singularité de la situation est que le réchauffement climatique, combiné au déclin des énergies fossiles, pourrait bien nous ramener deux siècles en arrière. Et même pire, puisque nous serons entre 8 et 11 milliards et que les températures et le niveau des océans ne seront pas comparables à ce qu’ont connus nos aïeux. Et il faudra à la nature 10.000 ans pour résorber le trop plein de CO2.

Alors que dire ? Désolé, je ne savais pas ? On ne peut pas répondre cela parce que tout ce qui se passe actuellement était déjà décrit par le menu dans le premier rapport du GIEC publié en 1988, et les premières débats télévisés ou les premiers dossiers parus dans la presse datent de la même époque. Si nous avions agi il y a trente ans, tout serait différent aujourd’hui.

Je pense que la seule réponse possible consiste à leur dire que nous ne sommes que des humains (sans majuscule, il n’y a pas de raison, on n’en met pas pour les chats ni pour les musaraignes) et que les humains ne sont pas programmés pour anticiper les évènements sur de si longues périodes. Et il faut bien sûr ajouter que nous allons désormais tout faire pour empêcher la catastrophe.

Empêcher la catastrophe ne signifie pas remplacer le pétrole, le charbon et le gaz par des énergies renouvelables, parce que les ENR ne permettront jamais de maintenir le même mode de vie sans les énergies fossiles. Empêcher la catastrophe signifie transformer totalement son mode de vie, renoncer à tout ce qui émet de fortes quantités de gaz à effet de serre et s’engager dans l’activisme.

Cette réponse est la seule possible. Elle ne satisfera sans doute pas celui ou celle qui la recevra, parce que la jeunesse a besoin d’insouciance, de joie et de faire des projets. Elle n’a pas besoin de se retrouver face à la pire catastrophe qu’ait connue par l’humanité, elle n’est pas programmée pour ça. Mais nos grands-parents non plus n’étaient pas programmés pour mourir dans les tranchées, ni les contemporains de la peste noire n’avaient prévu de devoir se cacher pour fuir le mal.

La conclusion, qui ne saurait être une réponse à la question posée, est que si nos enfants ne savent pas ce qu’ils font sur cette fichue planète, leurs parents ne le savent pas non plus.

2 Commentaires

  1. La bienveillance, il est temps qu’elle s’exprime ! Elle n’a pas été très présente dans notre modèle de société basé sur l’égoïsme et la domination, exprimés par la compétition économique que se livrent les pays. Compétition exacerbée par cette convention économique qu’on appelle le capitalisme, qui a engendré le consumérisme aujourd’hui responsable de l’impasse dans laquelle se trouve l’Humanité (effondrement de la biodiversité, pollution générale de la planète, réchauffement climatique, épuisement inévitable des ressources fossiles, dont bientôt celles de l’énergie qui régit et a rendu possible l’ensemble de notre mode de vie matérialiste (sans parler des injustices générées). Logique économique sur laquelle est basé le fonctionnement de notre modèle de société aujourd’hui mondialisé et avec lequel nous sommes contraints de suivre les règles (et donc d’avancer dans cette impasse), dont une rupture brutale nous assurerait un effondrement prématuré.

    Nous sommes restés trop longtemps dans le déni, dans le mythe quasi religieux de la croissance et du progrès. Le rapport Meadows publié en 1972 nous avertissait déjà des limites de notre modèle de développement. Alors oui une prise de conscience, une analyse rationnelle des conséquences et des causes est pour nos enfants indispensable pour élaborer un projet d’un autre modèle de société. Et si la tâche peut paraître difficilement surmontable, et la rencontre de difficultés certaine, la prise de conscience de la réalité n’empêche pas l’optimisme, elle peut même être un défi existentiel pour nos enfants qui (je l’espère) seront l’Humanité de demain. Antonio Gramsci ne disait-il pas jadis « Je suis pessimiste par l’intelligence mais optimiste par la volonté ». L’heure n’est plus à l’insouciance et encore moins à la passivité.

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