Les Etats-Unis sont-ils devenus une Mafia ?

404

Petit à petit, année après année, les Etats-Unis semblent s’éloigner du modèle de démocratie apaisée pour rejoindre le groupe des Etats contrôlés par un système mafieux.

Quels sont les constats qui justifient cette crainte ?

D’abord, l’ensemble des décisions politiques de ce pays, qui ont un impact sur tous les pays du monde, semblent dictées par des groupes de pression. Depuis l’invasion de L’Irak, décidé par les néoconservateurs réunis autour du Vice-Président Dick Cheney pour remodeler le Moyen Orient et satisfaire les industriels de l’armement, jusqu’aux positions du Président Trump sur le réchauffement climatique, le secteur du charbon ou les arrestations arbitraires de dirigeants d’entreprises qui se trouvent en compétition avec des champions nationaux.

L’application extraterritoriale du droit américain, associée au standard du Dollar comme instrument des règlements internationaux, permet aux Etats-Unis d’imposer leurs décisions à tous les pays du globe, y compris la Chine. Si la Chine souhaite continuer à acheter du pétrole aux Iraniens, elle devra trouver une banque qui accepte de faire la transaction ou payer en Renmimbi. Aucune banque ne peut effectuer le change des devises sans s’exposer à des sanctions, et si l’Iran accepte un paiement en Renmimbi, il ne pourra acheter en contrepartie que des produits chinois.

La pression américaine sur l’équipementier Huawei représente une marche supplémentaire dans l’escalade mafieuse, puisque le gouvernement américain s’attaque à une multinationale et à ses dirigeants avec des moyens quasiment guerriers : arrestations arbitraires, fermeture de marchés, interdiction faites aux fournisseurs de livrer leurs composants.

Quelle sera l’étape suivante ? Les agences de renseignements américaines vont-elles cibler des dirigeants pour les neutraliser, comme la CIA avait ciblé le Président Diem ou Patrice Lunumba ?

En politique intérieure ensuite, les budgets indécents des campagnes électorales font des lobbies les vrais décideurs, et cela commence par l’étape des primaires, qui caractérisent toute élection, même locale. Le budget moyen d’une campagne sénatoriale est de $19.4 millions. Le sénateur Ted Cruz a dépensé $45 millions pour être élu et son concurrent (vaincu) $78 millions. Le candidat Jeb Bush avait dépensé $140 millions pour sa demi-campagne.

Mais ce qui fait le plus penser à une organisation mafieuse est les allers-retours entre la politique, les agences de renseignement, le droit et les grandes administrations. Washington, « the swamp », comme disent les leaders progressistes, est un écosystème homogène et cohérent, où chacun occupe tour à tour des fonctions de direction. Untel est Directeur de la CIA, puis Président des Etats-Unis ou Secrétaire à la Défense, Secrétaire au Trésor, puis Président de Goldmann Sachs, Juge fédéral, puis avocat réputé. De sorte, qu’il n’est pas besoin de s’interroger si telle décision (par exemple arrêter Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’Alstom, pour faire pression sur Patric Kron) est une décision politique ou une décision juridique, c’est les deux à la fois. Idem pour Meng Wanzhu, la Directrice financière de Huawei, à qui le Department of Justice reproche d’avoir fait du commerce avec l’Iran alors même que la Chine n’a décrété aucun embargo vis-à-vis de l’Iran.

Washington utilise donc son arsenal juridique pour terrifier les décideurs où qu’ils se trouvent et les durées d’incarcération, sans proportion avec aucune démocratie occidentale, ont de quoi foutre la trouille. Frédéric Pierucci risquait 40 ans de prison s’il n’acceptait pas de plaider coupable.

Ce mouvement est-il inéluctable ? Pas forcément, parce que les Américains sont désormais conscients du problème. Le mouvement « no money in politics » est ainsi devenu très majoritaire et les leaders progressistes, tels que Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, trouvent un écho croissant auprès des opinions publiques. Les chaînes de média indépendants se multiplient et les candidats qui renoncent aux donations supérieures à $1000 sont de plus en plus nombreux et il n’est pas rare qu’ils finissent par lever davantage d’argent, auprès du grand public, que ceux qui acceptent les « super PACS ».

Tout se jouera aux élections de 2020 ou 2024. Soit, le nouveau Président est issu du groupe des « neocons » ou des « corporate democrats » et rien ne changera, soit il est issu du milieu progressiste et le niveau de violence pourrait baisser significativement. Parce que la violence ne joue pas que dans un sens, des Etats-Unis vers le reste du monde, elle agit aussi à l’intérieur du pays. C’est pour satisfaire les lobbies pro-arms que la règlementation sur la commercialisation des armes à feu reste aussi « libérale ». Or, même dans un domaine aussi symbolique, les choses sont en train de changer : le principal lobby, la NRA, est en train de s’effondrer. En 2018, elle a perdu $55 millions sur ses cotisations individuelles et se trouve prise dans un scandale qui a provoqué la démission de son Président, Oliver North.

Tout n’est pas perdu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here