L’Indécence absolue des bateaux de croisière

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De grandes barres de HLM lancées sur la mer, remplies de retraités profitant des derniers plaisirs de la vie, et dont chaque navire émet plus de dioxyde de soufre que 3 millions d’automobile. Les 94 navires de croisières du leader européens, Carnival Corporation, émettent ainsi trois fois plus de dioxyde que les 260 millions de véhicules à moteur qui se déplacent chaque jour sur le continent.

Les paquebots de croisière polluent, émettent des quantités gigantesques de CO2, de dioxyde de souffre et de dioxyde d’azote et ils abîment le fond des mers, le vortex de leurs hélices détruisant les colonies de posidonies.

Ils sont devenus le symbole d’une société qui place le plaisir au sommet de ses objectifs de vie et qui veut jouir jusqu’au bout, jusqu’au dernier souffle, jusqu’à l’indécence.

Leurs noms (Harmony of the Seas, Symphony of the Seas, Pacific Princess) sont à l’opposé de la disgrâce qu’inspire leur vue, quand ils ne portent carrément pas des noms de pizzas (Deliziosa, Fascinoza ou Favolosa chez Costa).

Mais les croisières c’est également plus de 7 millions de passagers et 20 milliards d’euros de retombées économiques, avec une progression de 3,3% d’une année sur l’autre. C’est aussi des emplois pour les ressortissants des pays du sud : Philippins, Thaïlandais, Laotiens, qui en retirent un revenu, lequel fait vivre leurs familles. Les croisiéristes constituent également l’essentiel du plan de charge des grands chantiers navals. Les commandes des compagnies de croisière atteignent désormais 124 navires, dont 48 sont livrables dans les deux années qui viennent. Les autres entreront en service entre 2021 et 2027. Pour les seuls chantiers de l’Atlantique, à Saint Nazaire, les paquebots représentent douze commandes pour $12 milliards de chiffre d’affaires (chez le leader Fincantieri, c’est 44 commandes pour $27 milliards). L’ensemble des paquebots en commande ou en construction représente un investissement cumulé de près de 69 milliards de dollars.

Comme tout ce qui concerne nos activités polluantes, nous avons d’un côté un loisir qui pollue et qui pourrait être satisfait autrement, et de l’autre des emplois auxquels aucun gouvernement ne peut renoncer. Et c’est tout le dilemme de la société des loisirs, puisque l’agriculture et l’industrie ne nécessitent plus la même force de travail, une partie des emplois se sont déplacés vers des activités qui ne sont pas indispensables à nos vies.

Ce constat doit être relié au redéploiement nécessaire des besoins et des activités. Chacun est libre de disposer comme il l’entend de ses revenus, mais la société a également des impératifs de préservation de l’environnement et de transformation de sa production d’énergie. Or, chaque secteur économique est unique, on ne peut le transformer par décret, ni décider de l’interdire sans devoir renoncer à des dizaines de milliers d’emplois. C’est à la fois une question de rationalité économique et une question d’éthique.

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