Comment un Homard révèle les priorités de la société du spectacle

371

Si on cherche les causes de l’incapacité de la société de consommation à prendre les sujets vitaux au sérieux, on peut les trouver dans les médias, et tout particulièrement dans les chaînes d’information en continue. Ces supports « d’information » passent leurs journées à brasser du vent sur des non-sujets, qu’ils répètent à l’envi, sans jamais se lasser.

Ainsi, le homard du ministre de Rugy est-il devenu l’ultime symbole de la société de consommation de l’information.

Qu’un ministre, qui fut président de l’Assemblée nationale, organise des dîners de représentation, quelle information ! Qu’il s’y serve des vins fins et des crustacés, quel scandale en effet. Et que les employés aient déposé des fleurs à l’occasion de la Saint Valentin, c’est à l’évidence un détournement du bien public à des fins de jouissance personnelle.

Surtout, les chaînes d’information en continu ne traitent aucune des problématiques les plus sensibles, qui peuvent anéantir nos sociétés.

On sait tout sur les menus de l’hôtel de Lassay (certains d’entre nous pensaient-ils qu’il s’y servait des nouilles japonaises ou du jambon de régime ?), mais on ne sait rien sur les politiques mises en place par François de Rugy dans la transition énergétique ou la biodiversité. Parce que les chaînes n’en ont que faire, leur attention est entièrement focalisée sur le superficiel.

Dans ce chœur, qui nous détourne de l’essentiel, un support exerce une responsabilité particulière. Non seulement Médiapart est ravi d’avoir identifié le scandale du siècle, mais il n’en est pas à sa première non-affaire. L’équipe d’Edwy Plenel a persécuté l’homme d’affaire Bernard Tapie pendant toute une décennie et, lorsqu’un tribunal prononce sa relaxe, ils se gardent bien de faire amende honorable. De la même manière, et depuis au moins aussi longtemps, ils harcèlent l’ancien Président Nicolas Sarkozy pour avoir prétendument accepté ou sollicité de l’argent de la part de feu le guide libyen, sans publier aucune preuve. D’ailleurs, tout comme BFM, CNews ou LCI, on ne trouve aucune information sur les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, ni sur les organisations responsables de la déforestation, pas davantage sur la disparition des oiseaux et des insectes.

Ce site, qui se voulait indépendant, est en réalité dépendant du néant, qu’il recherche, avale et recrache comme un junky. Le vide est son addiction.

Le drame, bien entendu, est que le grand public prend ce qu’on lui donne. Entre la course à l’audience et l’information disponible, le serpent se mord la queue.

Et les personnalités politiques ne peuvent que suivre. Aucun des leaders de LREM n’a soutenu François de Rugy, en disant tout simplement qu’on se moquait éperdument que le résident de l’hôtel de Lassay ait organisé neuf dîners ou qu’il ait fait refaire son dressing, lorsque le monde court à sa perte. Tout au contraire, on a entendu la sempiternelle ritournelle sur les « Français qui souffrent », comme si nos concitoyens étaient à l’agonie. Non, les Français ne souffrent pas. Eux aussi mangent, eux aussi boivent du vin. Ils souffriront lorsque les effets combinés du réchauffement climatique et de la fin des énergies fossiles conduiront nos économies à la pénurie. Et l’effet sera d’autant plus puissant que nous aurons focalisé notre attention sur quatre pauvres homards, qui auraient été mangés de toutes les manières.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here