On ne s’adapte pas à l’enfer

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Parmi les thèmes qui semblent s’imposer ces derniers mois, on retrouve celui de l’adaptation au réchauffement climatique. Selon la plupart des experts, il faut non seulement tout faire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais il devient urgent de préparer l’adaptation du pays aux conditions de vie, qui s’imposeront dans les années qui viennent. Dans la liste de propositions, on trouve des objectifs très concrets tels que la création d’espaces de verdure au centre des villes, la sécurisation de l’approvisionnement en eau, pour les habitations et pour les centrales nucléaires, le renforcement des littoraux, ou la transformation des cultures au profit de plantes peu consommatrice d’eau (par exemple l’abandon du maïs dans le sud-ouest).

Ces propositions sont sans doute louables et utiles, mais elles ne doivent pas cacher l’essentiel : une France à +3°C n’a rien à voir avec notre cadre de vie actuel.

Préparer son adaptation au changement est une chose, accepter la transformation radicale de notre environnement en est une autre. Voir mourir les forêts méditerranéennes, remplacées par des paysages de type sahélien, s’assécher les fleuves côtiers, ou assumer des migrations massives avec tous les drames qu’on connait déjà est inacceptable.

En outre, peut-on vivre avec des températures extérieures de 50°C, voire 55°C (pour une augmentation de +3,5°C) ? On ne s’adapte pas à l’enfer et on ne peut davantage renoncer aux paysages et à la faune, qui font l’identité de nos régions.

Cette notion d’adaptation est souvent livrée avec un corolaire conceptuel douteux, qui est celui de résilience. Le concept de résilience a fait la fortune (à tous les sens du terme) du psychiatre Boris Cyrulnik. Lorsqu’on lit les écrits de Cyrulnik, on découvre qu’on peut guérir de tout et que les lendemains seront de toutes les manières meilleurs que le temps du deuil ou de la souffrance. Or, si on peut se remettre de la perte d’un être cher (ce qui n’est pas toujours vérifié) ou d’un accident, on ne se remet pas d’une augmentation des températures moyennes supérieure à 2°C. Parce qu’il n’y aura pas de surlendemain à -2°C. Le réchauffement est acquis et le moment d’inertie est tel, qu’il ne s’arrêtera pas. Surtout, le changement climatique ne se limite pas à un individu, il concerne notre espèce, tous ses représentants actuels et à venir et, d’une façon générale, toute la vie sur Terre.

Travailler sur l’adaptation est donc indispensable, mais cela peut laisser penser que nous avons fait collectivement le deuil de l’évitement. Cela signifie aussi que nous préférons nous préparer à des lendemains cruels plutôt que de limiter de notre consommation actuelle.

Nous préférons penser que nous pourrons nous adapter à l’enfer, plutôt que de renoncer au paradis artificiel de la consommation. Un comportement qu’on retrouve chez tous les junkies.

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