De la recherche du bonheur individuel à la nécessité d’une solution collective

563
Romantic young couple standing in mountain together and looking at view. Young man embracing his girlfriend and looking away.

L’obsession de la jeunesse est de trouver l’amour. C’est même le problème le plus important de la vie lorsqu’on a 20/30 ans : avoir un job stable et épanouissant et vivre une passion amoureuse. Ensuite, si tout se passe bien, on cherche un appartement ou une maison, on pense aux enfants, éventuellement au mariage et, comme les amoureux sont toujours seuls au monde, ce projet est avant tout un projet individuel ou un projet de couple.

On ne pense pas au décès des parents, la question viendra plus tard, lorsqu’on aura 45/55 ans. On ne pense pas non plus à sa propre finitude, ni à la guerre au Soudan ou aux grands déséquilibres démographiques, pas davantage à la croissance non maîtrisée des dettes publiques. Le cerveau de la jeunesse est ainsi fait, qu’il est imprégné d’hormones euphorisantes, qui créent une sorte d’immunité psychologique. Une bulle hermétique, indispensable au bonheur.

Seulement voilà, lorsqu’il fait 46°C en juin, la réalité extérieure impose une rupture brutale dans un ordonnancement pourtant indispensable. Parce qu’il faut croire le bonheur possible pour réaliser sa vie, on ne peut pas s’aimer et construire son avenir dans un chaos inévitable où on promet sans cesse le pire.

C’est la limite de la dopamine et de la sérotonine. Les jeunes migrants, qui observent la Méditerranée au Maroc ou en Libye, ou qui errent du côté de la porte de la Chapelle ne recherchent pas l’amour mais des moyens de subsister. Et pourtant, ils sont jeunes. Dans les grandes périodes de catastrophe, la recherche du bonheur est mise en suspens, la libido est réduite à zéro dans les tranchées ou sous les tentes, entre deux voies de RER.

En 1996, nous pouvions encore rêver et penser notre bonheur. Les rapports du GIEC nous promettaient le pire, mais c’était pour dans trente ans. Ces rapports étaient vécus comme des potentialités théoriques et cette période de 25/30 ans correspondait approximativement à la bulle temporelle du bonheur. Après tout, après cette période, on pouvait tout aussi bien divorcer, alors cela nous convenait.

Mais aujourd’hui, nous sommes entrés dans le dur. La succession des canicules et des sécheresses, la perspective de la perte des forêts méditerranéennes, la question migratoire et la déplétion des énergies fossiles font que les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas dans la même situation que les jeunes d’hier. Ils ne sont pas encore dans la situation où la libido s’arrête, mais ils ne sont plus dans celle où on peut construire un bonheur serein pour les trente années qui viennent. C’est toute la différence entre eux et nous. Et c’est la raison pour laquelle la jeunesse se mobilise, parce qu’ils ont compris que le bonheur n’est plus une question individuelle, c’est devenu un enjeu collectif.

C’est aussi une cause de rupture entre eux et la génération de leurs parents. Ce sont les vieux qui critiquent Great Thunberg et ceux qu’ils qualifient de prophètes de l’apocalypse, ce sont aussi les vieux qui pensent que la technologie va tout arranger ou qu’on peut s’adapter dans un monde résilient. Parce qu’eux, qui ont pu vivre leur amour de jeunesse sans (trop) angoisser du lendemain, veulent conserver leur mode de vie, mais ils ne seront plus là lorsque le pire adviendra.

Pour réaliser son bonheur, il faut désormais se dire que trouver la solution est précisément l’objectif du bonheur. Ce n’est plus ce projet personnel, que critiquait déjà André Gide (familles, je vous hais, foyers clos, portes fermées, possession jalouse du bonheur), mais un projet collectif.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour, des aspects intéressants mais trop globaux, généralistes. Il est plus aisé de généraliser car on peut placer dans des cases des groupes, des tranches d age etc… mais malheureusement c est plus complexe que ça. C est terrible de constamment lire des développements intellectuels qui simplifient à l extrême : les vieux, les jeunes , les millenials, les urbains. Il n y a aucune homogénéité dans ces catégories. Il y a des 25-30 ans qui sortent d un fast food et qui jettent leurs contenants en plastique dans la rue, il y a « des vieux » comme cous dites qui font des choses extraordinaires de leur vie! Et qui pourraient donner des leçons à bien des « jeunes vieux » qui ont une mentalité d assisté. Bref l approche simpliste par «  les cases » conduit à des conclusions erronées car elle est fondée sur une « hélicoptère vision » . La conscience du dérèglement climatique est transversale, pas Une question de génération, ça serait trop facile !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here